Histoires de Lundi

  • Donnons donc du Fil à - [...]

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  • Le Conteur Géger

    À King !

     

     


    L’homme assis sur le tabouret écarta les ailes de sa djellaba dorée et commença ainsi son récit :



    Toutes les histoires ne commencent pas par « IL était une fois »
    Aussi …
    La première fois que Bouclette l’avait vue, « Elle » semblait fondre au soleil tant son enrobage caramel semblait sortir directement d’une cuisine. Avec son petit coffre rond et sa vitre arrière dégagée elle offrait une silhouette avenante, guillerette, confortable ainsi que son intérieur velouté et rebondi.
    Tant d’adjectifs auraient pu nuire à sa description mais Bouclette n’en était pas à un abus près.
    Surtout pour SA voiture …
    Car l’objet de son coup de foudre n’était autre que sa-voi-tu-re.

    Alors qu’elle rejoignait sa meilleure amie (oui son auto était également devenue sa meilleure amie qu’elle avait baptisée Zazie pour contrarier Raymond Queneau) donc - dis-je - se rapprochant de Zazie , à la sortie du cinéma, Bouclette se pencha bientôt sur elle, lui caressa l’aile comme s’il s’était agi d’un animal de compagnie en lui susurrant :

    - Alors ma titine, tu t’es fait une copine ?

    A cause de la réelle inquiétude tapie sous la tendresse de la tonalité, un homme non loin eut un sourire de connivence.
    Mais d‘autres témoins parmi les rangées de voitures sur le parking furent moins compréhensifs : deux jeunes filles rirent méchamment tandis qu'un garçon toisait Bouclette estimant déjà la taille de la camisole par laquelle on pourrait la lier ; enfin une vieille dame qui y vit une concurrence, jeta un soupir plein de morgue aux alentours.

    Première alerte MAIS …
    Bouclette, évidemment, ne vit rien

                                           ne sentit rien
    
                                        ne corrigea donc rien.


    Elles s’en allèrent sur l’autoroute dans la belle journée finissante, la conductrice à peine gênée par le soleil qui frôlait la visière, la voiture presque d’or sous les rayons qui la rasaient. Les conducteurs derrière Bouclette ne voyaient que sa mousse de boucles agitées au gré de ses humeurs, soumises aux comportements des autres automobilistes ; ce qui la poussait bien sûr à confier ses aigreurs, ses peurs ou ses satisfactions à sa chère compagne sur roues qui la soutenait infailliblement de son auto-radio décrivant la circulation sur les routes entre deux morceaux de musique.
 La fenêtre ouverte - aurions-nous oublier de préciser que cette belle journée appartenait à l’été ? - laissait filtrer son dialogue à sens unique, attirant ainsi sur elle l’attention de passants ou de conducteurs aux moments d’arrêts.

    Deuxième alerte MAIS …
    Bouclette, là encore, ne regarda personne

                                       ne constata rien
    
                                    ne comprit donc pas.


    Le lendemain la retrouva en train de laver sa « titine » à la station service : elle permit tout juste à la machine de frotter son « trésor » pour la récupérer aussitôt à la sortie en la bichonnant, la rassurant et ma foi la dorlotant sous les yeux ébahis ou confus de plusieurs spectateurs.


    Troisième alerte MAIS …
    Bouclette, comme toujours, n’avisa quiconque

                                                  ne réalisa aucunement

                                                   et surtout  ne put apprendre à anticiper.


    Car son lien avec la voiture devint si fort qu’elle ne travaillait que pour l’entretenir, ne se distrayait que pour la conduire, ne dormait que pour l’investir, la rejoignant au garage avec couvertures et coussins pour s’installer sur les sièges baissés.

    Ses amis d’abord s’inquiétèrent …
Puis ses parents …
    Une partie de sa famille qu’elle voyait encore …
    Plus grave, ses collègues …
    Plus dramatique, ses chefs …
    Et le moins stratégiquement : son patron.

    Bouclette alors qu’elle écoutait si bien le silence ou les bruits de son automobile afin de mieux prévenir le moindre problème mécanique, fut incapable d’entendre les Bip-Bip d’alerte que votre avisé narrateur tentait de lui transmettre à chaque nouveau paragraphe.

    Si bien que Bouclette finit dans une chambre avec une fenêtre trop haute pour qu’elle puisse apercevoir Zazie, si loin désormais de celle-ci qu’elle s’enferma dans un mutisme qui ne put que confirmer l’avis de plusieurs docteurs : schizophrénie doublée de la pathologie dite de « Cars ».

    Pendant ce temps me direz-vous (et si vous ne dites rien, je le préciserai quand même), que devenait la voiture ?
    Honnie par la famille et les amis qui voyaient en elle la raison de la folie de Bouclette (bien qu’ils l’aient fait enfermer pour avoir personnifié l’auto de la sorte …), elle fut vendue en sous-main à une dame trop âgée pour l’utiliser régulièrement.


    Mise en sommeil, Zazie fut oubliée dans le noir
    Le soir, parfois dans ce noir, frémissait un phare
    Puis deux, les deux derrière aussi, sans raison ou peut-être pour mieux y voir…
    Voir la tombe  qu’elle s’était choisie ? Ah ! Zazie ! Pourquoi l’avoir trahie ?
    Parce que les humains et leur folie se devaient d’être interdits.

    Elle égaya l’obscurité de sa radio soudainement allumée.
    Aucune inquiétude … Si cette propriétaire mettait quelque temps à succomber, elle viendrait à en changer … Un homme ou une femme
    Qu’importe ! Elle saurait se les attacher.

    Comme à chaque fois …