• Les soeurs PAD'BOL

    Elles étaient nées un lundi. Le jour où tout est fermé.
    Déjà ça commençait mal pour elles !
    Jumelles mais fausses, elles avaient invariablement subi
    le même dialogue dans la cour d'école :

    - "Vous êtes jumelles ?"
    - "Ouais !"
    - "Alors pourquoi vous vous ressemblez pas ?"
    - "On est des fausses."
    -" Ben alors, vous zêtes pas jumelles !"
    Les premiers émois amoureux ne furent guère plus palpitants.
    Elles ne cessèrent d'être comparées entre deux hésitations,
    entre deux regards, cherchant le point commun là où il n'y avait que rupture :
    -" Je préfère ta soeur !"
    Dans leur corps de métier, résistant à l'envie d'avoir le même, on découvrit enfin l'existence de l'autre -
    "Tu crois qu'elles sont jumelles ?" - dissipant le malaise de leur différence par un -"et ta soeur ?".
    Ainsi jusqu'à la fin de leur vie, quand mûes par un sentiment de fidélité et de respect,
    elles moururent un lundi.
    On put lire comme épitaphe sur leur pierre tombale :
     
     Ci-gisent deux soeurs que rien ne désunit
    Ni la vie, ni la mort, pas même un lundi.