• La Mygale, l'Ornithorynque, le Paresseux, l'Opossum, l'Okapi - et aussi le Tatou

    Dessins réalisés par PCV9.

    mygale.jpgUne Mygale suspendue à son long fil
    Attendait la proie relativement facile
    Quand vint à passer un Ornithorynque :
    "Alors quoi aujourd'hui ma mie, qui trinque ?"
    Demanda-t-il en toute bonne foi.
    "Hé ! Je ne fais que proposer un toit !"
    Répondit-elle en agitant ses pattes
    Devant sa toile tissée à la hâte.
    Non loin de là, perché, piquant un somme
    Un Paresseux - plus bas un Opossum
    Tendaient l'oreille : muh !... De quoi grignoter
    Sans avoir trop peut-être à se fatiguer !Ornithorynque.jpg
    L'un lâcherait son arbre avec empressement
    Si l'autre dessous ne s'étalait pesamment.
    Paresseux.jpgMais animal à longue queue
    N'entend raison que bien fort peu !
    Ce fut un doux ami
    Que l'on nomme Okapi,
    Qui négocia ainsi : "Allons chercher
    Un arbitre donc digne de trancher !"okapi.jpg
    Ils appelèrent celui dont la carapace
    L'abritait de la folle faiblesse rapace.
    "Mais que dois-je juger ?"
    Dit le Tatou gêné.
    "La trame invisible devenue piège
    Ou le rat dodu usurpant un siège ?"
    On ne lui répondit pas.
    La vérité sonnait là !Tatou2.jpg

    Chacun reprit occupation
    Sans que fut réglée la question.

     Ami Lecteur, méfie-toi des sermons factices
    Que cache l'ignorance sous ses immondices.

     

    fable

  • Le livre-Source des Arbres

    " Au début, les arbres marchaient.
      Ils avançaient leur tronc vers la terre, à peine tentés de l'y laisser.
      Ils avaient le pas pesant et sûr des géants.
      Isolés, ils apprirent à se regrouper autour de carrés d'herbe ; certains
      demeurèrent, espaçant ainsi les clairières.
      Les autres repartirent, bientôt à la découverte des eaux. Ils comprirent
      vite que son contact les humidifiait. Craintive, la moitié d'entre eux
      resta à distance, laissant ainsi s'étirer les plages.
      Les plus aventureux repartirent encore, alourdis de fatigue, ce qui fit
      onduler le sol sous leur remous jusqu'à l'élever en colline puis en
      montagne. Ainsi se façonnèrent les reliefs.
      La route commença à s'allonger, puis à ennuyer, enfin à les lasser.
      Ils souhaitèrent le repos. Les derniers s'immmobilisèrent tout à fait.
      Leurs racines prirent forme, muèrent et se nouèrent pour s'entrelacer
      à la boue, au caillou et à la terre.
      Ainsi s'assemblèrent les forêts.
      L'Arbre abrita la première vie, sur ses branches, dans ses feuillages et
      à ses pieds.
      L'Arbre est notre Père à Tous. "

    Extrait du texte suburbain, rédigé par Jansérien MÊJ'LARAMEN, en l'an
    XXVVZZ avant lui-même, ce passage explique l'origine du Monde selon
    la tradition jansérienne pure.
    On retrouva ses rouleaux prophétiques dont l'écriture ne se lisait presque
    plus, lors de fouilles archéologiques qui furent secrètement entreprises
    pour une autre raison, de ce fait classées secrètes, puis volontairement
    oubliées, enfin totalement effacées.
    Ne fut divulgué six siècles plus tard que ce qu'un homme au chapeau rond,
    haut, pointu avec un pompon à plusieurs couleurs - voulut bien révéler, à
    travers des romans lus, relus, corrigés et recorrigés.
    Cette doctrine eut quelques fidèles, certains disciples, pas mal d'apôtres,
    un peu moins de prophètes mais beaucoup de martyrs (on ne sait pas
    vraiment pourquoi...) - face à de nombreux détracteurs, plusieurs opposants
    et une panoplie de persécuteurs (unique justificatif des martyrs...).
    Elle eut droit à des produits dérivés comme une Eglise, des Porte-Paroles
    officiels qui se livrèrent à des rituels inventés avant eux et après Jansérien.
    Chacun peut venir désormais les entendre répandre le Discours de l'Origine.

     

    Et au XXIème siècle, nous devrions encore croire à ce genre de choses ?

  • Y'a pas qu'la Marque qui Compte !

    Dans le parking de l'hôpital, Mégane trouva une place à côté d'une Alpha Roméo blanche lourdement carrossée mais pas sans élégance.
    Ses phares en amande semblaient refléter le soleil.
    Le conducteur de Mégane se précipita dehors, s'arrêta, revint, actionna la clé pour fermer la voiture - brave garçon ! pensa-t-elle.
    - Qu'est-ce qu'un modèle à quatre portes, sans coffre, comme toi, vient faire ici ?

    Mégane déboîta pour mieux cadrer sa voisine dont le prénom se gravait ostensiblement à l'avant : Giulietta.

    - Entretien d'embauche
    - Oh ! J'aurais cru que tu voulais faire don de tes organes de transmission...
    Mégane rongea son frein.
    - Quel poste ?
    - Infirmier
    - Oh ! Pas une révision chez Rolls Royce, quoi !
    Un bruit de moteur les fit braquer sur la droite.
    - voilà Gallardo ! klaxonna Giulietta

    Une Lamborghini filait entre les allées, le châssis bas et en bombant le capot. Deux anti-brouillards creusés lui
    donnaient une propulsion arrière.
    - Fais gaffe ! Il a le rétroviseur baladeur !

    Il freina près d'une Porsche cuivrée dont la puissance se logeait dans les ailes arrondies.
    - Il roule comme un pneu creuvé, s'enlise facilement et culbute tout autant. Il aime pas beaucoup qu'on roule sur sa voie de circulation ...
    - C'est Boxster ! ... Tiens ! Voilà l'artiste !
    Giulietta cala fortement en désignant une Citroën azur qui déflagrait autour de la Porsche. Cette dernière faillit l'encastrer.

    - Eh ! Remets de l'huile ! ça fera ronronner ton moteur ! démarra Picasso qui éclaboussa l'autre de sa signature.
    - Il me tape un peu sur les amortisseurs - entendit Mégane.

    Une Chevrolet noire décéléra soudain et Mégane fut aussitôt présentée à Orlando qui la percuta bêtement.
    - Il a pas grand-chose sous le capot - gaza Giulietta.
    Mégane, légèrement ensablée entre eux deux, chercha de l'aide. Elle vit plus loin une Clio qui semblait bien tenir la route.
    - Une cousine à toi ? ... Elle a les essuie-glace un peu désynchronisés ... cahota Orlando qu'elle jugea vulgaire.

    Brusquement, il n'y eut plus un bruit au sous-sol.
    Une Jaguar Daimler, vert foncé, tournait vers la gauche.

    - Le Patron ...

    Ce fut un souffle.

    En voilà un qui devait avaler les kilomètres sans trace de poussière.
    C'est là que Jimny dérapa face à elle.
    - Avec l'arrière que tu te tapes, tu devrais mettre ton moteur au régime !
    Orlando bringuebala, imité de Giulietta.
    La Suzuki les dépassa sans un battement de clignotant et s'adressa seulement à Mégane :
    - Range-toi de ces voitures et roule plutôt avec nous, Polo, Kuga, Aygo et Octavia, ma bande...".

    Il recula pour qu'elle voit leurs appels de phare : une Wolkswagen, une Ford, une Toyota et une Skoda, dans le fond du garage.
    Elle suivait quand une Nissan violette l'accrocha au passage :
    - Eh ! Le Patron n'a pas apprécié ton petit infirmier. C'est la rumeur qui court.
    - L'écoute pas, c'est Mito ! Il raconte n'importe quoi !
    L'autre prit encore un virage :
    - Je suis bien placé pour le savoir !
    - Depuis qu'il est tuné, il se sent plus vrombir... contrebraqua Jimny.
    - L'ambiance a l'air spécial ici ... Je ne sais pas si cela conviendra à mon conducteur  
    - Les humains changent souvent de conduite ici, tu sais ...
    - Le mien, je l'ai bien manoeuvré
    - VVrrrroum ... Une fois sortis de notre habitacle, ils oublient tout en quatrième vitesse ... On finit souvent en pièces détachées ...
    - Qu'est-ce que tu veux dire ?
    - Ben ... S'il est embauché, il risque de te mettre hors circulation. Tu as dû sûrement noté les belles marques de voiture ...

    Mégane laissa un moment de suspension puis reprit la direction :
    - Chez moi, on dit - "Tant que ta couleur n'a pas séché, tu ne peux appliquer
      une seconde couche".
    Le pare-chocs de Jinmy eut à peine un soubresaut.