• Les Editions de TAPIRKEL

    Pierre-Eugène voulait devenir é-cri-vain !

     

    Il avait lu l'édito d'un directeur de collection, sur le blog de la maison d'édition de TAPIRKEL.
    L'auteur y avait parlé d'île introuvable où, seuls, accostaient les authentiques amateurs de livres : ceux qui dévorent tout et n'importe quoi.

    Pierre-Eugène avait cru se lire lui-même !

    Tel un Robinson alourdi de pages tournées alors que le Monde ... l'a oublié depuis ... depuis des vagues et des vagues, ≈≈≈≈≈≈≈≈≈ et des vagues ≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈

    Il y avait juste un petit problème :
    il fallait - ECRIRE.

    Ce nonobstant, dès qu'il rencontra le directeur de collection - qui par un phénomène cosmique ENORME, appartenait à l'entourage intime de son propre père ! - la difficulté sembla croître.

    Il fallait SAVOIR écrire.

    Il objecta qu'il avait des idées.
    Certes ! La base sur laquelle tenait la structure de l'écriture, tenait.
    MAIS - le travail, oui, le TRA-VAIL, devait trier ces idées, l'inspiration les relier, la méthode les mener vers un but commun : être li-sibles !
    - "Mes idées sont intéressantes" renchérit Pierre-Eugène
    - "Que du bonus. MAIS - secondaire"

    On lui présenta donc son équipe.
    Elle ensemencerait les idées de Pierre-Eugène par le quatuor qu'elle formerait :
    il y avait celle qui trierait les idées
    puis celui qui les relierait, (et les relirait)
    après celle qui donnerait la fin,
    enfin celui qui rédigerait le tout.

    MERveilleux !
    A eux tous, ils composaient l'écrivain parfait.

    On le regarda curieusement.
    Pourtant il n'en fut pas contrit tant l'osmose régnait fortement : il pouvait déchiffrer LA question sur leurs traits.

    Qu'est-ce que le mot "écrivain" venait faire là-dedans ?

    En élucidant les points encore obscurs avec le directeur, Pierre-Eugène chercha à creuser ce gouffre.
    Le directeur opposa un à un, l'un à l'autre, le bout de ses doigts, énonçant avec un grande concentration :

    En réalité la notion d'écrivain ne faisait plus sens chez eux. Ils étaient passés, après une traversée sans horizon, au concept d'auteur multiple. Les diverses facettes du métier se partageaient entre les différentes personnalités de l'équipe qui se devait de restituer l'intégralité d'un récit, manifestation d'un unique créateur.
    Vraisemblablement, le procédé "envirusserait" le reste du cercle de l'édition.

    Désormais le terme de "Textériens" convenait parfaitement à la situation.

    Pierre-Eugène hocha la tête.

    On lui expliqua ensuite que le Livre, fabriqué en Février, sortirait en Avril. A coups de pubilicités médiatiques, son visage deviendrait le sien et Pierre-Eugène se livrerait aux signatures et dédicaces indispensables à une vente confortable puisque, SEUL, son NOM, figurerait sur la couverture.

    Du travail à la chaîne sans défaut !

    En fait,
    Pierre-Eugène voulait de venir quelqu'un ....
    qui n'existait plus.

  • Egérie Epistolaire

    Mon bien cher Eduard,

    Pourquoi, me direz-vous, tant aimer ma sainte mère ?
    Mais uniquement pour vous contrarier, cher ami.
    Les mères ont-elles la tâche si aisée ? Enfermées dans un rôle éducatif,
    après une jeunesse formée au sexisme de notre société, elles engrangent
    toute leur vie les sarcasmes masculins sur leur nature irréfléchie et bavarde.
    Vous pensez bien ! Aussitôt en âge, je l'ai vengée en lui offrant mes plus
    grands secrets. Ils sont en lieu sûr. Ne craignez point : elle ne partagera
    nos petits méfaits avec quiconque.
    Certes elle ne vous a rien promis mais c'est une femme sur laquelle, moi,
    je peux compter.
    Rendons-lui hommage pour ce divin silence.
    Que le futur en engendre d'autres !

     

    Cher Eduard,

    Ce soir, j'entends ma mère soupirer.
    Et elle a bien raison !
    Son mari l'a entretenu toute la soirée d'une pomme !...
    Vous rendez-vous compte ?
    A bien y réfléchir comment une femme peut-elle vouloir être damnée
    pour une pomme (si damnation il y a) ?
    Du chocolat encore, soit ! Mais une pomme !
    Et ne me parlez pas d'une allégorie du savoir. Il faut être bien sotte
    (et ma
    mère est loin de l'être) - pour croire un serpent (qui parle !...)
    vous jurant
    par ses écailles que la connaissance se réfugie toute entière
    dans un ... fruit.

    Considérez la logique mâle : séduite par un animal visqueux et bigleux !
    Il y aurait vraiment de quoi pleurer si l'on n'allait pas encore dénoncer
    cette ressource d'énergie utile aux vrais combattants. Quel sexe faible ?
    Quand elles
    endurent les épreuves en s'en relevant comme si de rien n'était !
    Eux, ces forcenés de la grimace, s'effondrent au moindre obstacle !
    Des jaloux invétérés, c'est ce qu'ils sont !
    Je vous quitte, j'entends frapper à ma porte ...

     

    Salut Ed-war,

    Maman ne veut pas que je sorte.
    Elle estime mes bêtises à 5 soirées d'emprisonnement.
    J'ai râlé mais elle a tenu bon.
    Maman et ses doctrines :
    1- Les garçons tournent la tête aux filles
    2- Elles n'étudient plus sérieusement
    3- Elles ne prendront pas la place qu'ils se réservent
    Je lui ai dit que Laurent était différent. elle a rétorqué que plein de laurents,
    à travers les siècles, avaient cantonné les femmes au charme et à la beauté
    (tant pis pour les autres !), seul recours pour survivre dans une société
    où le gros sexe très moche des hommes reste l'emblème de la Force.
    Maintenant j'ai les études pour redonner à l'avenir un espoir de civilisation
    car là où l'on baillonne et voile les femmes, où on les viole et les assassine
    sans inquiétude, il n'y a que forme de vie primitive.
    Venir critiquer les femmes quand eux-mêmes ne réagissent que par un
    stimulus physique !
    J'adore ma mère.

     

    YO ED

    KOI 2 9 ? JATAN DPWI LGTPS. KEFAITU ? AVEC TA MER ?
    RI1 2 GRAV ? EL A GUELE POUR IR ? PA MA FOT. FLIF* DAN LE KW1.
    PAS 2 MER POUR GUELE. SNIF. RAPEL 1 ? MR6

     

    Ma maman elle me regarde sur le mur escalade et applaudit avant que
    j'arrive. Elle crie "Hourra" quand j'ai battu les garçons à l'échelle haute
    et plate.
    Sur la balançoire, elle me pousse un peu et sourit quand je m'envole
    toute seule.
    Je n'ai jamais peur.
    Plus tard, je serai première.
    Si je dois écrire une lettre sur ma maman et moi, je la fais comme ça.

     

    * La touche C du portable ne marche pas.

  • Ce que les Statistiques font croire mais ne peuvent pas dire

    -"Qu'est-ce que cette fille peut avoir de plus pour retenir un mec comme le sien ?"

    Suzy ne leva même pas la tête de son assiette pour lui assener :
    -"Elle est drôle"

    Mathilde la torpilla puis se tourna vers leur collègue masculin qui, à tout hasard,
    jeta un :
    -"Sexe ?"
    -"80 % des couples dont l'entente sexuelle est l'unique base face à un désert
      affectif et psychologique qui les mine - divorcent."

    Sentence que Suzy mâcha avec ses pâtes.

    -"Non ?".
    Bernard fut atteint.
    -"On parle de couple, mon cher. Pas de baisouillade d'un soir ou deux " fit retomber la terrible Suzy.
    -" Dis-moi, Madame Oreille-d'un-soir, faire rire son mec suffit à le garder ?"

    Etiquetée "Canon" par les garçons - de la maternelle à la première entreprise High Tech - Mathilde ne démentait jamais cette métaphore même en ce moment, avec son air maussade.

    Bernard servait de preuve irrejetable !

    -"Ne pas s'emm... dans sa vie de tous les jours me semble un bon critère, pour la femme comme pour l'homme".

    Le self, à cette heure, laissait peu de tables libres et nos trois lascars avaient gagné la leur à la force de leur plateau.
    Mathilde chargea à nouveau :
    - Comment sais-tu qu'elle est drôle ?
    -J'ai mangé avec elle la semaine dernière
    Mathilde déhancha littéralement sa tête sur : "Et ... ?"
    - Et quoi ? Je ne tiens pas un répertoire de toutes ses blagues, moi !" - Petit sourire de Suzy puis : "peut-être son mari ?"
    -"HA ! HA ! HA !"

    La jeune femme, sujet de leur observation, rejoignait justement son mari :
    aussitôt point de mire !
    - En plus, ils sont très forts !

    Quand Suzy prenait son air Einstein c'est qu'elle avait longtemps cogité.
    - Une étude scientifique a prouvé que le pic sexuel de l'homme se situe le matin alors que celui de la femme, le soir. (Et on veut nous faire croire que l'enfer n'est pas sur terre !) - mimique sous-entendue de Suzy - "Donc ! Ils arrivent apparemment à surmonter AUSSI ce problème".

    Bernard réagit immédiatement sur deux : "Pourquoi-Comment" ??

    -"Ils sont mariés depuis sept ans. Ils ont deux enfants. Ils sont toujours ensemble. Or il est reconnu que la présence d'enfants nuit à l'intimité du couple et provoque un éloignement, ce qui aboutit à 60 % des séparations".

    Bernard avait espéré lingerie fine sur fond de fouet mais sut les taire.

    -"Tu m'as coupé l'appétit !

    Sur cette déclaration de Mathilde, Bernard s'empressa de finir ses restes tout en mastiquant :
    - Pourquoi ne te sers-tu pas moins puisque tu sais que tu ne mangeras pas tout ?
    - 98,99 % des femmes veulent rester minces sans laisser penser qu'elles sont anorexiques. Je mange ce que je veux et pourtant je ne prends pas un gramme !"
    -Il s'agit de chiffres officiels, tes stats-là ?

    Bernard paraissait in-tri-gué.

    -De chiffres authentiques ! Remaniés et confirmés par mon étude approfondie de couples environnants et autres ..."
    -Mais est-ce qu'un couple peut durer ?"

    Suzy scruta ses adversaires puis renversa la question.
    - Qu'est-ce qui vous plaît dans la première fois ?
    - La première fois ! - (Bel ensemble !)
    - Ben voilà où est l'enjeu pour un couple. Il va user toutes ses premières fois. Il doit donc s'en ménager pour la suite, dans tous les domaines, mais avec un riende spontanéité qui lui évitera fatigue ou lassitude. Y'en a marre, au bout d'un  moment, de l'effort continuel. L'un et l'autre doivent entretenir un brin de fantaisie, ce brin qui fait LA première fois".

    Cette conversation titillait tout de même bien Bernard ....

    - En fait, il paraît qu'il faut faire des activités différentes et éviter de tout faire ensemble".
    - Faux ! 70 % des couples se sont connus sur leur lieu d'étude, de travail ou de loisir. C'est forcément une activité commune qui a provoqué rencontre puis rapprochement. Alors si en couple, chacun s'occupe sans l'autre ou loin de l'autre, le fossé se creusera de plus en plus. Et - le risque de rencontrer quelqu'un d'autre augmente de ce fait !"

    Mathilde eut un regard ironique vers Suzy pour lui montrer un Bernard ... perdu.
    -"Je ne demande qu'à rencontrer la femme de ma vie, moi !
       C'est Elle qui veut pas !"

    Les deux jeunes femmes rirent, un peu, mais la sincérité de cet éclat n'échappa pas à Suzy.
    Elle savait que ses deux acolytes n'étaient pas prêts pour une analyse plus poussée.
    Aussi donna-t-elle le départ en se levant de table. Ils la suivirent.

    Pourtant, Mathilde, avant de passer la sortie, pivota surBernard et lui demanda comme si elle s'était brûlée :
    - Finalement, quel serait le style de la femme de ta vie ?
    Perplexe, il répondit :
    - En fait, je me demande si ce n'est pas le style de Suzy !

    Mathilde se félicita d'avoir posé son plateau avant cette question sinon elle lui aurait éclaté sur son pif !