• Et le Noël de "Causette" fut, fut, fut ...

                   Interdit aux moins de dix ans, peut-être douze, muh ?

     

    Elle commençait à s'endormir tant le froid l'absorbait lorsqu'elle perçut une respiration. Elle se força à rouvrir les yeux : ils ne purent croire l'image qui s'affermissait peu à peu dans la nuit.
    Un gros homme rouge et blanc frottait ses gants sur son ventre, les lunettes fumeuses braquées sur elle.

    - Tu attends quoi là ?
    Causette ne tenta aucune réponse.

    - Elle est où ta maison ?
    Mais ses mâchoires refusaient de s'articuler.

    - Déjà que ça n'est pas facile pour moi - poursuivit-il sans tenir compte de son silence - Si en plus, maintenant vous m'attendez dehors, ce n'est plus la peine d'entretenir un soi-disant mystère ...
    Il s'approcha.
    - Pas terrible ton feu.
    Il éleva un doigt boudiné vers un toit, sur la droite.
    -Tu vois, c'est un conduit comme ça qu'il te faut. Assez large pour que je passe et qui aboutisse à une cheminée bien garnie pour me réceptionner en douceur.

    Il observa la petite fille comme pour noter quelques détails en enchaînant :
    - Et les chaussettes ? Tu ne sais donc pas qu'il te faut les accrocher pour obtenir des friandises ?
    Il soupira.
    - Mécréants ignares ...

    Bien qu'emitoufflé, il devait lui aussi finir par ressentir la température car il remua ses jambes.
    - Je ne te parle même pas du sapin ! C'est l'élément de base ; sans lui, Noël ne prend pas. Commences-tu à te rendre compte de la gravité de ta situation ?

    Les lèvres gercées de Causette ne pouvaient frémir sans douleur.
    - En gros, je ne peux rien pour toi ! Quand on fait preuve d'autant de mauvaise foi, il ne faut pas s'attendre à un miracle, tout de même !

    Bouleversée jusqu'à l'âme, elle en oublia de remonter sur ses épaules, le châle à moitié déchiré.
    Un râle se fit entendre que le plaideur reconnut avec une pointe d'inquiétude.
    Il se retourna. Dans l'ombre derrière, elle distingua six animaux à cornes, assez beaux, attelés à une espèce de carrosse réduit.

    - Bon ! Je suis un peu pressé mais reconnais que j'ai été "fairplay" comme disent les anglais - il rigola content de lui - La prochaine fois, sois au point ! Tu es informée désormais ...

    Il sourit puis s'éloigna tandis qu'elle luttait contre le supplice de la glace qui broyait ses membres, un à un. Elle parvint cependant à mémoriser l'instant de leur départ vers le ciel.

    Le seul point positif de toute cette histoire, c'était que, dorénavent, Causette SAVAIT que le Père Noël existait réellement.

     

    "Conte de Noël"

  • Le Coffret à Bisous

    En premier, il y eut le plaisir d'y penser, avant celui des préparatifs, parce que Marc et Hélène étaient profondément heureux d'attendre un enfant dont ils n'avaient pas programmé la venue mais qu'ils savouraient, comme si !...
    Sans doute pour l'avoir rêvé, chacun, durant ces cinq années de vie commune.

    Le bonheur de goûter une décision mûre les mena tranquillement à la constitution du trousseau, l'aménagement de la chambre, au choix de la peluche d'élection (plus connue sous le nom de "doudou") et à celui du prénom.
    A cette fin, ils étudièrent avec minutie les livres aux alphabets prometteurs et explications usuelles, symboliques et autres ...

    Là encore, aucune dispute : ils s'accordèrent très vite sur Damien pour un garçon et Béatrice pour une fille.
    Naquit donc un bébé au calme joufflu dont le contentement-de-tout réjouit sage-femmes et personnel de l'hôpital. Hélène respecta la pudeur de son mari et Marc vint visiter femme et fils avec entrain, dans la chambre individuelle que le service leur avait réservé.

    Car c'était un garçon.
    Damien ne pleurait pas, mangeait tout, dormait comme - un bébé ? - et n'eut quelques plaintes que pour ses premières dents. Il grandit dans la sérénité d'un couple en harmonie et ne vécut qu'un rare caprice, ignorant les quatre années de sa petite vie, un vague état d'âme quelconque.

    Quand il eut cinq ans, il découvrit pourtant une sensation désagréable :
    il s'aperçut qu'il ne pouvait tout avoir tout de suite mais sa jeunesse l'empêcha de le comprendre.
    Donc il pleura : une nouveauté !
    Alarmés, ses parents ne surent que faire pour le consoler.

    C'est ! qu'ils eurent l'Idée.

    Ils achetèrent un coffret en bois, à la taille des mains de leur garçon, avec une ouverture aisée lui assurant néanmoins l'intimité de ce qu'il y mettrait.
    Ils lui expliquèrent qu'il servirait à recueillir câlins et baisers nécessaires à chasser les tourments du coeur, et que chaque jour, son papa et sa maman, en déposeraient suffisamment pour le fortifier.

    Ils l'appelèrent "Le coffret à bisous".

    Bien sûr tout ceci fut présenté et adapté à l'âge de Damien qui interpréta fort justement la teneur du message.
    Son regard demeura sur eux,  longtemps ...
    Heureusement, ils ne purent lire la pensée qui, à cet instant, rétrécissait sa pupille. *

    Leur amour l'avait rendu trop intelligent.

     

     

    * Pour celles et ceux qui veulent absolument connaître la pensée de Damien,
    le narrateur leur livre en toute humilité :
    "Il faut vraiment être tartignolles pour raconter un tel bobard à son gamin !"

  • L'Histoire Horrible de L'Affreux Gantôme qui fait peur ...

    La brume s'emparait subrepticement de la pièce tandis que le jeune garçon s'abandonnait - avec grande inconscience - à la somnolence.
    Tout à la jouissance de sa victoire comme le clamait la médaille d'or accrochée à une patère, les yeux clos, il ne se rendait pas ainsi compte de l'exiguité peu lumineuse de la salle de bains dans laquelle il ne distinguerait bientôt
    plus grand-chose, s'il le devait ...
    (Ouf ! ça c'est une phrase ! ...)

    Le plafonnier polissait un halo au-dessus de lui, dont les pâles volutes vaporeuses s'insinuaient jusqu'à lui. La mousse du bain crépitait, claquant de temps à autre une bulle, unique bruit dans cette chaleur qui coiffait sa
    nudité.
    Il disparaissait agréablement dans ces différents états de l'eau, remarque que le physicien en herbe (bien que là, en eau) - en lui, fit sourire.
    (Un peu lourd, peut-être).

    Ce pourquoi il ne vit pas la forme bleu cobalt qui avait lentement émergé entre ses genoux, et qui approchait maintenant - inexorablement - sa poitrine.
    Quelques gouttes oubliées dans le robinet percèrent l'écume autour de lui comme un gémissement étouffé. On aurait dit un compte à rebours, lugubre, celui qui poussait la silhouette et la faisait avancer désormais vers son visage.

    Ce fut trop tard !

    A peine vit-il le gant s'abattre sur son nez, sur sa bouche, l'aveuglant pour mieux l'asphyxier, sans qu'il puisse crier "secours" ...
    Soudain l'une de ses mains, soutenue par son bras puissamment musclé, parvint à écarter quelque peu l'étoffe.

    -" le Gantome!!! "

    Le hurlement  traversa les étages inférieurs mais, déjà, l'adolescent sombrait au plus profond de la baignoire.

    - Thomas !! Qu'est-ce qui te prend ? T'es fou ou quoi ?

    La porte ouverte dissipa les dernières vapeurs et c'est le visage de son père, furibond, qu'il découvrit sur le seuil.
    Trempé et dégoulinant, le gant fut déposé avec soin sur le rebord de la baignoire.
    - Désolé

    La porte gifla les airs sur un juron.
    (Oups ! Il s'en tirait plutôt bien).