• Vivre au Salon du Mobilier ou Mourrrir !

    De la colline où, isolé, il dédaignait les vallées alentours, ses tours paraissaient frotter le ciel tant les nuages s'émoussaient sur ses clochers.

    LE Châ-TôT ! SON Chââ-teau !

    Finesse de perfidie puisque bâti par son oncle Barnabé Le Redouté, le palais secouait son drapeau brun à poils bleus strié de fils orange au-dessus de la plus haute lucarne.
    Elle aimait bien observer le castel de l'autre versant telle une ignare des plaines découvrant les propriétés des Seigneurs d'antan.
    Mais bon ;
    voilà-voilà !
    C'était Chhhé Zelle !
    De quoi en faire vomir Lucille La Débile qui habitait deux rivières plus loin.

    Elle murmura à son cheval le signal du retour pendant lequel le manoir enfla peu à peu comme trop nourri par le paysage. Elle rentrait dans la première basse-cour lorsque l'un des écuyers reprit son destrier.
    Elle monta jusqu'aux cuisines, dignes d'un agencement MEMBALPA tout de blanc verni, sol au plafond, dont les murs intégraient micro-onde et tiroirs automatiques ; elle bifurqua ensuite vers les quatre salons d'apparat où quelques meubles lourds anoblissaient un ensemble astiqué par MADAME COMMODE ("L'Art de meubler - aussi ! - l'Esspasse !").
    Notre héroïne fit une pause par la trentième salle de bains (baignoire auto-cuisante, geyser tactile, lavabos auto-nettoyants et robinetterie sur télécommande ) conçue dans l'esprit HÉRODE DE LA SURFACE.
    Dans l'une de ses chambres, reliée à toutes celles de son Prince, Antonin Le Serein, par une vitre amovible sur scan de l'oeil droit, dessinées selon THÉOPHILE ("On ne va tout de même pas payer si peu !"), elle s'habilla pour le dîner en robe DRAPA sur ses souliers de cristal. Elle se montra au miroir qui leva un gros pouce genre société-générale
    pour l'approuver.

    La table de soixante quinze mètres l'attendait, brillant de tous ses verres, assiettes et couverts HOUX DE PÉPIN. Elle n'avait pas vu son Prince qui, assis à l'autre bout, levait sa coupe vers elle. Elle s'amusa de ce détail et répondit à son invite par une gracieuse ...

     

    MATHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIILDE !

    La jeune fille en tomba par terre, la couette sur la tête.

    -" PE-TIT-DÉ-JEU-NER !!!!"

    C'était sa mère.
    C'était le matin.
    HO-GNAN ! ... c'était LUN-DI !

  • Le Septième Dragon

    Maître KONG n'aimait pas les chiens, encore moins les dragons pourtant l'un d'eux s'était installé derrière sa cabane : noir aux ramures d'or, torse svelte, il déployait largement la dentelle de ses ailes.
    Dans le pays de Maître KONG, on vénérait les dragons et lorsque l'un d'eux vous choisissait, c'était un honneur pour la dynastie des élus.

    Mais Maître KONG ne se sentait ni honoré, ni élu.

    Son balai de ménage ne l'aiderait pas à chasser cet hôte.
    Il ne l'importunait cependant ni par ses flammes, ni par un comportement revêche. Mais quelle idée d'avoir pris le carré de verdure de Maître KONG pour une station thermale !

    KONG alla donc consulter la Montagne, sans doute pour la hauteur de ses vues.
    Forte de ses rochers, elle lui dit :
    "Tu es aveugle en ton jardin. La raison de sa présence vient de ta lignée"

    La Montagne parlait la Vérité ... Soit-disant ... D'après les Anciens ...
    En quoi cette vérité délogerait-elle l'indésirable ?

    Il se tourna ensuite vers le Fleuve qui ne fut guère plus coulant.
    "A quel rang mets-tu la vérité ? Avant ou après la tranquillité ?"

    De mieux en mieux ...

    Maître KONG garda le vent pour la fin, le sachant plus versatile, ce que confirma
    son souffle bouleversant les feuillages ; très difficile fut d'identifier ces mots
    expirés : " Have Halo Houleux, Hun ?"

    Bien.

    Il ne lui restait plus que la médiathèque de la grande ville dont la "médiathécaire" lui dénicha une histoire plus vieille que lui : sept dragons, frères et soeurs, nés dans les étoiles à l'aurore de l'humanité, offriraient un renouveau à chaque cycle stellaire. Le Septième, dessiné il y a peu, présageait le compréhension des origines
    et de l'aboutissement de l'humain.

    Maître KONG s'énerva beaucoup.
    De quel droit, cet oracle descendu tout droit du firmament, venait faire son  hibernation chiromancienne, CHEZ LUI ? Apparemment peu pressé de s'envoler  vers d'autres nébuleuses ?
    A son retour, ce soir-là, il crut déceler une ironie dans le fascinant regard du dragon.
    Sans voisins ni témoins, à l'abri de la confidence, Maître KONG ne comprit jamais qu'il était le seul à voir la créature.


    Parce qu'il ne comprit jamais que c'était LUI le Septième Dragon.
    Ce que Maître KONG ignorait encore, c'est qu'il serait bientôt un Guide pour l'Orient,
    pour l'Occident, quelques siècles plus tard, où son nom deviendrait Confucius.

  • Melting Pot entre Potes

    Charles, Max, Esther, Etienne et Sarah se connaissaient depuis le lycée mais ne s'y étaient pas rencontré. Ils avaient eu leur "choc spirit" (dixit Esther) à un cours de théâtre. Perché sur une île parisienne, entre deux arbres, il
    regardait noircir le fleuve de la capitale : antre des "âmes au régime" selon Esther.

    Charles avançait que seuls les acteurs with the Don, y étaient accepté, ce qui faisait immanquablement s'exclamer à Esther : "tu te chantes pouille, mon ami !",
    que Max complétait invariablement par : "cette expression n'existe pas Esther", et la fin du trilogue revenait à Etienne : "Ah ! Max ! Ta raison te perdra".
    Sarah ne disait rien, de toute façon.
    Max jalousait ce que promettait Esther : fantaisie et pertinence. Elle en usait habilement, sans abus, conquérant professeurs et public à l'aide de néologismes dont ses conversations étaient gavées. Elle horripilait Max d'autant plus que tout le monde comprenait sa verve imagée.
    Face à ses colères, elle répliquait, imperturbable :
    "Autant t'énerver dans un verre d'azote liquide !".

    Sur scène, quand elle changeait un peu son texte, elle lorgnait vers la salle et lui jetait : "Je m'empatouille ".
    Tous riaient et oubliaient son oubli.

    Cette inventivité lexicale gagnait son jeu dramatique, faisant frissonner "le jeune Premier" en Max devant cette "pécore des poulaillers", seule création de son ennemie qu'il saluait ainsi.
    A charles et Sarah, il avait bien essayé d'insuffler un peu de sa rancoeur, seulement Charles s'entêtait à tamponner Esther de "gentille", horripilant Max qui avait plusieurs fois constaté que l'on appliquait généralement ce qualificatif
    à des gens qui n'avaient que le mérite de ne déranger personne.

    Sarah, elle, n'avait toujours rien dit.
    -" Toi, tu as le coeur en robe de chambre !" fut la récolte de sa journée lorsqu'Esther le découvrit, boudeur, à l'entrée de l'école.
    Pour soigner les récentes insomnies de Max, Etienne, le sage du groupe, lui conseilla d'en discuter avec Esther ; ce qu'il fit.

    Assise près de lui en ce jour de révélations complètement achevées, Esther regarda Max très calmement et murmura : " j'en ai la mandibule toute disloquée"
    Avant qu'il ait pu l'étrangler, elle "dégaina toute en sucre" (redixit Esther) :
    -" Tu m'as super bien microscopée. Tu as reniflé mon moi profond. Ce qui engorge mes principes dans leur conche.
    Veux-tu être mon imprésario ?"

    Le malheur, c'était qu'il avait tout compris.
    Le pire, c'était qu'il avait dit oui.

    Des années plus tard, il gérait la carrière internationale de la star Esther Jorkins dont le réalisateur préféré, Etienne, ne faisait appel qu'à la même doublure : Sarah (elle n'avait toujours rien à dire). Charles assurait la liaison
    avec la presse et les médias.

    " Rien n'aurait pu chambarder leur pêle-mêle "