• Le Clochard se fait la Belle

    " Je veux qu'on écrive sur mon pot d'incinération :
    IL FUT À LA VIE, CE QUE PICASSO ÉTAIT A LA PEINTURE "

    Voilà ce que - pour seul testament - laissa KING DADDY.

    A hanter les deux uniques ponts dignes de ses aspirations, il s'était statufié
    entre Alexandre III et le Pont des Arts.

    Quelques émules, sans qu'il en recherchât, subjugués par son savoir-dire
    et ses manières d'Ell Arte, le suivaient avec respect dans ses allers-retours.
    Plutôt que d'enrichir sa cour, il préférait encourager la présence de son fils,
    Albert, qu'il n'avait jamais complètement abandonné et que celui-ci lui
    rendait bien (sous-entend qu'ils se voyaient toujours !).
    KING DADDY s'animait parfois sur son pilier de pierre en écartant les bras
    pour mieux laisser porter sa voix.

    -" N'ignorez pas l'Esssspoir ! Sinon il se fera un plaisir, retors,
    de vous
    prouver que vous aviez raison !"

    applaudi aussitôt par ses fidèles.

    Albert en était un peu gêné pourtant KING DADDY Le Harangueur en recelait
    d'autres :

    " Tu sais, fils, en général on a toujours les épreuves à la mesure de son
    courage ; et puis il y a celles qui nous dépassent, celles qui nous rongent
    et là on peut qu'attendre la fin : la leur ou la tienne " -

    ensuite, Albert attendait un moment calme pour lui donner des nouvelles.

    Sa mère avait accepté le renoncement de son mari, sans le juger,
    ni le vilipender ; elle avait juste précisé avant son départ, qu'elle était :
    " incapable de sacrifier ses livres, le stretching et le Festival d'Avoriaz
    à
    ses idéaux ".
    Ils s'étaient quitté amis pour garder le seul point commun qu'ils aient
    connu : Al-bert.
    La raison de sa fuite, KING DADDY la sussurait à quelques élus :

    -" Quelle est la différence entre Jésus et nous ?
        Jésus est le fils de Dieu et il le sait.
       Nous le sommes aussi mais nous ne le savons pas. "

    C'est la simplicité de ce personnage, sa passion pour la vérité qui avait fait
    aborder les berges de la Seine à KING DADDY.
    De ce fait, il méprisait l'alcool de ses comparses mais partageait volontiers
    les vivres.
    Parce que toujours remué par quelque saillie qui mériterait d'être notée,
    il dormait rarement. Albert avait souvent vu son père avec quelques bleus
    auquel celui-ci opposait la même diatribe :
    " Seule une pensée pouvait ainsi le frapper ! Ombre qui
    marquerait les esprits,
    tous les esprits !"
    Albert n'y voyait qu'une dépossession, celle de ne pouvoir protéger KING DADDY
    de la bêtise et de la violence.
    En s'y attardant un peu, KING DADDY aurait-il pu les voir ?

    Tandis qu'il identifiait le corps à la morgue, Albert constata que le vieux visage
    ne témoignait d'aucune vissicitude, pas une ride qui traça la misère endurée.

    La bêtise et la violence avaient peut-être rattrapé KING DADDY néanmoins
    elles n'avaient pas su le retenir.

  • Le Gardien Intraitable des Constellations

    Peinture, Arts

    Oeuvre majeure dans la carrière de Mikie SICELLA, “Le Feu emprisonné” représente la quatrième lame d’un tarot-chimère, produit d’une civilisation qui abuse des allégories en renouant avec la mystification.
    La griffe agrippée aux barreaux signifie le rejet de la signature, l’auteur nié par sa propre création bien que l’animal n’ait presque plus de flammes pour crier son désespoir ;  celui de l’artiste gît dans son manque d’inspiration qui ici prend tout son sens. Les ailes ployées sous le poids de la calligraphie, se lézardent puis se brisent tandis que la queue se fourvoie dans les aléas de l’imprimé. Assiste-t-on au Fabuleux “pris au piège” de la Réalité ?

    Oui.

    Technique de la plume dite “dentelle”, le tableau se divise en or et rouge, déclinaison des couleurs chaudes mais aussi du déclin, dernier vestige du dragon, que les encres de chine lissent sur le papier parchemin si cher à l’artiste.

     

    Découverte par la Chine en l’an 2009 lors d’un échange culturel au Gymnase de Montreux-Twa, elle est aussitôt remarquée par le responsable de la délégation qui l’invite à exposer dans la Grande Cité Nouvelle -

    Suivront le Mexique (qui faillit ne pas voir ses oeuvres bloquées aux douanes in extremis), l’Inde et le Népal.

     

    Depuis le MONNNNNde entier la salue comme le renouveau du Symbolisme à l’état cru, épluché de ses apparences sans révéler pour autant ce qui le rend si vivant.

     

    Jean ÉDUGOU.

     

  • Quand c'est pas Ton Heure, Cherch' Surtout pas A Comprendre.

    Dans l'avion qui les transportait vers NABAK103, les passagers semés dans l'habitacle, étaient, en apparence, occupés : qui - lisait un magazine, qui - derrière un grattage des plus officiels, se curait le nez, une telle
    tricotait un napperon en forme de vase, un autre houspillait un "1ère Classe" en train de tenir les toilettes en otage.
    Mais PERSONNE - - ne pouvait faire semblant de ne pas entendre ce cliquetis qui se planquait sous le moteur à fond dans son régime.

    C'est , que l'aile bascula.

    La panique, dans le cokpit, avait déjà pris les commandes tandis que les deux pilotes regardaient partout sans conviction - (il s'agissait de la génération "plaisance" formée au pilotage automatique).
    Trois hôtesses, dont l'une roulait de gauche à droite sur des passagers écrasés contre les sièges, hurlaient de rester calmes alors que la force de descente en bloquait deux au plafond.
    L'avion devait s'écraser.
    C'est le bateau dans son point de mire, qui le comprit pleinement.

    Alors qu'il entame sa croisière, il doit y renoncer aussitôt, noyant la moitié de ses retraités pour broyer les derniers, en étant projeté sur le port par l'avion qui s'est encastré dans sa coque jusqu'aux hublots ... maintenant ils dévient ensemble vers les rails dont la construction avait été vivement contestée parce que jugés trop proches du quai, critique fort justifiée à l'instant où les deux véhicules viennent percuter le TGV fraîchement sorti de gare ... le train prend son essor, se tord, se plie, lance quelques voyageurs au décor impuissant devant le rail qui passe sur sa gauche quand rien ne récupère l'envoi qui atterrit sur l'autoroute située juste en- dessous, elle-même controversée à l'époque bien qu'elle réceptionne magistralement la masse + la vitesse que x la poussée des  3 transports
    et fournit une floppée de voitures pour amortir le choc ... les bretelles s'écroulent dans la poussière d'où l'amas de ferrailles ne permet plus de distinguer qui ou quoi ... apocalypse dont les milliers de morts et de blessés s'entassent dans ce fracas.

    Le seul survivant, indemne, est un chien du nom de Lucky.
    Il a été enfermé dans une soute à bagages puis coincé entre deux matelas Equeda Multranspir dans l'invraisemblable chute que fut la sienne, symbole du ka.*

     

    * Pour cette référence, lire les 7 volumes de Stephen KING, " La Tour Sombre".