• Le Réveil qui ne ... , Entre Autres !

     
    7 : 30

    L'écran illuminait ses chiffres avec satisfaction dans le clair-obscur de la chambre.
    Bernard aurait être au volant de sa voiture ... et malheureusement pour elle,
    il y fut.

    - " Finalement tout a été une succession de faits logiques. "
    - " Plutôt, un enchaînement de faits logiques. "
    - " Le mot «enchaînement» suppose une volonté de planifier les événements.
         Est-ce le cas ? "

    Soit.
    Le début de la «succession de faits logiques» remontait au lundi matin pour lequel se lever, devenait le premier pas sur Mars.
    Quelque chose l'avait extirpé de son rêve ... ce quelque chose qui faisait hurler le silence :
                                    l'absence de sonnerie.
    Bien que l'alarme ait été activée et l'heure programmée avec exactitude, le réveil n'avait pas sonné. Il y avait réfléchi dans la journée, d'autant que les jours précédents s'étaient heurté au même mutisme.
    Il reconnut qu'il manquait de sommeil ; peut-être un acte manqué lui avait-il bouché les oreilles ?
    Ce dont le mixeur le dissuada lorsque ce dernier refusa de broyer les fruits que Bernard détestait manger sous leur forme originelle. Ainsi bus, il est vrai qu'ils perdaient leurs vitamines.
                             Un message de son subconscient ?
    Sur lequel le micro-ondes insista lourdement en ne réchauffant pas les plats frais-sortis-d'usine lors des paresses culinaires répétitives de Bernard.
                               Ne tenait-il pas là une coalition ?
                                  Se souciait-on de sa santé ?
                   (S'était-il vraiment posé la question à lui-même ?)
    Alors, «ON» se souciait aussi de son état mental parce que la télé avait pris l'habitude de s'éteindre quand il la regardait trop longtemps.

    Aucune raison technique pour chacune des pannes de ces différents outils.

    - " C'est là que tu as pensé à moi ! "

    Oui ... Il avait, instantanément, pensé à Elle.

    - " Suzy la Statisticienne ! Celle qui a toujours le pourcentage irréfutable à vous
    servir. La Destructrice d'énigmes ! "

    Menton armé d'un poing, elle l'avait scruté, attentive à son récit qui au fur et à mesure des mots, lui apparaissait, à lui, absurde, voire déplacé !
    Bien étrangement (néanmoins ne s'agissait-il pas de Suzy ?)
                                     Elle l'avait cru,
    et lui avait infligé une épreuve (avec quelle réelle intention ?), dont la honte marquerait à jamais son esprit.
    Placé au centre de ses appareils ménagers, il avait dû convaincre la robotique de l'impact négatif que pouvait engendrer - sur sa vie - leur comportement...

    - " ...ou soyons plus justes, leur non-comportement. Si tu leur parles d'égal à égal, les symptômes disparaîtront. Il s'agit d'une thérapie télékinésiste. "

    Télékinésie. Déplacement d'objets par la pensée. Qui lui en avait déjà parlé ?
    A ce point d'interrogation, il s'était senti mal. Qui donc ? ...

    Suzy l'avait forcé à constater le retour au «Bon état de Marche» .

    - " La Technologie et sa raison prennent le dessus sur une humanité incohérente "
    - " OU : Suzy prend le dessus sur Bernard ! "
    - " OU : c'était le plus cher souhait de Bernard depuis la cantine ?* "

    Tiens ! Elle l'avait soupçonné. Elle n'en semblait pas dérangée. Lisait-il même sur le visage de la jeune femme l'anticipation auto-suffisante du médium ?

    Médium. Perception aiguisée de l'environnement et empathie inégalable avec autrui. ... Esprit et matière ... Influence ... De qui ?

    - " C'est le plus joli morceau de drague que l'on m'ait joué ". Suzy s'approchait.

    Il avait joué certes, mais le morceau de qui ?
    Aurait-il été possible que ... ?

                                 ...Le baiser le lui fit oublier.

    * Lire : " Ce que les Statistiques Font Croire mais ne Peuvent pas nous Dire "
                   24.11.2011 - Archives 2011.11 - dernier texte

  • Le Tiroir, du Haut, à Gauche.

    Le fouillis dans la pièce présageait un débarras.
    Seul le meuble en merisier, collé près de l’angle proche de la fenêtre, l’intéressait vraiment.

    Elle se “radarisa” sur lui.
    Un balai eut la prétention de la contrecarrer, prétention donc qu’elle balaya d’un revers de coude.
    De multiples tiroirs se logeaient étroitement dans le bahut, on pouvait les ouvrir grâce à une moitié de bague qu’un emblème incrustait dans chacun d’eux.
    Elle aurait voulu les ouvrir mais, évidemment, elle n’en avait pas la force : c’était toujours comme ça ! – quand elle avait décidé quelque chose, elle ne voulait déjà plus le faire ! – sûrement le gêne d’un grand-père qui prenait sa revanche sur une progéniture bien trop chromosomée xx !

     

    Après des efforts récidivistes récompensés par la transpiration abondante ( que lui léguait, cette fois, une ancienne tante diabétique ) – elle parvint à lever un bras étonnamment lourd, contre lequel sa main résista en refusant de tendre les doigts,
    de les plier, de les poser sur le rebord de l’espagnolette.

     

    Par les vives flammes de l’Amaryllis, c’était qui le chef isssssi ?

     

    Glaïeule (avec un e ) – déjà le prénom était un traumatisme à lui seul, mais la parenthèse derrière l’inquiétait encore plus -
    Glaïeule donc, s’interposa contre ce membre récalcitrant et le ramena prestement au vif du sujet.
    Pendant que sur un “héain …” expulsé primitivement, elle forçait sur lui, le tiroir ne remplit pas son office. Pas très loin de l’indignation, elle réitéra.

     

    Né-gatif, chef!

     

    Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
    ( En effet, on est en droit de se le demander ! )

     

    Elle essaya les autres qui s’ouvrirent, TOUS, avec un naturel drôlement énervant. A chaque inspection, elle les constatait vides ;
    ( SAUF un, avec une photo du … Népal ? ). Elle en vint à la conclusion que
    celui qui demeurait - clos, devait être forcément - plein.

    En sueur, les nerfs plus que pelotes, elle frappa le coupable, le cogna, le punching-balla, alla rechercher le balai pour le mutiler sur l’absence de serrure, finit par hurler comme une callas
    jusqu’à ce qu’elle oublie ce qu’elle faisait là …

     

    J’en ai marre … J’abandonne …

     

    p wuwiiiiiiiiis

     

    Le tiroir se mit à hoqueter, trembler, se secouer comme un rappeur et tandis qu’elle reposait des doigts tremblants sur sa poignée, il s’ouvrit dans une lumière blondie d’étoiles qui - l’inonda, la noya … l’effaça

     

     

    -“ Glaïeule ?   Glaïeule ?    Glaïeule ? “

     

    Qui avait bien pu lui coller un prénom pareil ?
    Peut-être la figure mollement hésitante, au-dessus d’elle, qui gênait son décor personnel.

     

    -“ Glaïeule ! Mon Dieu ! Tu es réveillée … Docteur ! DOC –teur ?
    DOCTEUeueueueuR ! ! ! ! ! ! ! !”

     

    ( RRHôhhh ! Que quelqu’un tourne les baffles de l’autre côté ! )

     

    Elle se retrouva dans une pièce dont la blancheur faisait passer sa tête pour un melon et annonçait l’hôpital.
    Que soient cueillis les Pissenlits de cimetière ! Que faisait-elle scotchée dans un lit, sans mémoire et sans réactions ?

     

    Accident ?
    Maladie ?
    Grillade de neurones ?

     

    Dans le couloir, une bande de gens, ( au moins ), accourait vers elle, elle qui ne les reconnaîtrait sans doute pas …

     

    Nom d’un Ophris frelon. Pourquoi, mais POURQUOI, avait-elle voulu ouvrir ce foutu tiroir ?

  • RedMan

    Assis sur ses talons, mains aux genoux, le jeune homme regardait le rivage :
    les vagues salivaient sur le bord, presque assoiffées par ce soleil d'été.
    A propos d'eau ... Il prit sa gourde et versa quelques gouttes dans sa bouche.
    Il les sirota puis les avala par gorgées.
    La chaleur allait poindre car elle faisait déjà trembler l'extrême limite du paysage.

    Il pouvait demeurer des heures ... sans remuer ... Et c'est vraisemblablement ce qu'il ferait.

    Ses paupières filtraient un mince regard qui jouait avec les couleurs de la plage, fadeur du sable, pâleur des coquillages, lactescence de l'écume, même la mer semblait blêmir à cette heure.
    Sur ce fond impavide, se dessina la Première ombre, celle d'un Un grand pic couronné d'une toile pareille à une fleur qui se multiplia bientôt pour abriter des silhouettes à demi nues, hommes, femmes, enfants dont les attributs
    sexuels paraissaient protégés d'un pagne. Ils s'entassaient sous le zénith désolé de cette journée.
    Puis un reflet dans le ciel attira ses yeux :
    une luciole y miroitait en avançant et pour mieux la cerner, il voila ses sourcils d'une main.
    Il ne put croire, bien qu'il ne cessât de le contempler, à cet oiseau-machine qui volait vers lui.

    Des cris et des rires le ramenèrent sur la plage où maintenant des ribambelles d'enfants sautaient sur des formes molles que les vagues faisaient rebondir pour être chavirées dans des éclaboussures désirées avec tant d'ardeur.
    L'horizon l'appela à nouveau ; il y vit naître une énorme silhouette qui fumait une pipe en flottant sur un cri de phoque ... Un bateau, supposa-t-il.
    Les images s'accumulèrent, lui offrant au coin de son oeil gauche des espèces de totems, immenses, dans lesquels des gens vivaient, les uns au-dessus des autres, ainsi jusqu'au ciel ... Derrière lui une route se créait, y apparurent peu à peu des boîtes avec des vitres, qui circulaient (tellement vite !) - sur des roues tournant toutes seules ...
    Avait-il une vision d'Indien-Sorcier ?

    Subitement, tout disparut !

    Il retrouva la paix des lieux, avec ses arbres revenus dans le semi désert.

    Mais, au loin, sur l'eau, le champ de vision se déformait, encore ... des bateaux à haute voile ... des silhouettes en dessous ... avec des casques ? ... des fourrures ...

    En ce matin de 990, il y reconnut la réalité.

    Soit sa vision avait beaucoup, beaucoup, d'avance ...
    Soit ceux-là étaient, très, très, en retard ...

    Il était cependant certain que de l'une comme des autres, résulterait un égal fléau.