• MEDJEÉREDOURNE

    Donk, Y'a que MOI ! - EtPis ZO Deux Two

     

    La Corsirèe de la tribu MAéPAR était longue et silencieuse.
    Pas moyen de la décrire autrement.
    Le contraire de Maghiarane -

    - Peut-être y cachait-elle le motif de son attachement à la Corsireè, dénommée Eshébé
    ( "Vertu de la Raison" ). Les 52 arcanes de cette dernière s'émoussaient devant les 260
    arcanes de sa cadette.

    Sur leur planète - MASHARLA - on structurait le temps en arcanes :
    ils comptaient le nombre de fois où la Pierre-Lumière ( le satellite ) zébrait leurs deux soleils et il en résultait le pourcentage d'arcanes ... (trop fatigant à détailler ! ).
    Plus on en avait, plus on était jeunes !
    Ce matin, Eshébé peignait sa chevelure avec la poudre rouge que le désert creusait par endroit ; assise devant sa cabane, elle appliquait la mixture sur quelques mèches en en laisssant des traces sur le front et le nez pour de futurs tatouems.

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    Maghiarane, avec ses cheveux bleu en frange sur ses yeux orange, ne nécessitait aucun maquillage. Là, le vent voulait bien fouetter leur fine tresse sur sa peau or.
    -" Que viens-tu faire là ? " la surprit Eshébé
    -" Je viens te parler de celui qu'on appelle « Vaisseau ». "

    Eshébé montra ses dents pointues, polissées régulièrement par coquetterie.
    -" Tu l'as découvert ? "
    Un once de satisfaction dans la question alerta Maghiarane ; ce qui  lui fit hocher la tête prudemment.
    -" Tu veux savoir ce qu'il est, ce qu'il fait là et pourquoi l'a-t-on abandonné aux sept dunes ? "
    La Corsireè allongea ses jambes, rangea ses pots de poudre puis se leva.
    -" Viens avec moi. Il faut trouver le lieu pour parler de cela. "

     

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    Elle contournèrent la cabane, se dirigèrent vers la rivière Karac où les poissons Pick virevoltaient, et les contemplèrent au-dessus des flots dans lesquels ils bondissaient, sur lesquels ils rebondissaient, vers lesquels ils piquaient en profondeurs.

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    Maghiarane les aimait cuits au feu de bois.
    -" Voilà un chemin pour nos barques. Il mène à la mer lointaine. De même le vaisseau a-t-il dû prendre une route pour venir jusqu'ici mais lui, a pris la voie du ciel - d'où son nom - Vaisseau - Barque du Ciel. "

    Eshébé s'arrêta pour laisser un peu de réflexion à l'enfant.

    -" Ils ont comme du feu dans leur coeur, je le sens. Mais ce coeur ne craint pas la brûlure car il est fait d'acier. En respirant la chaleur, il peut se soulever de terre, puis voler tel un oiseau, au-dessus des nuages. "
    -" Alors le vaisseau là-bas n'a plus de feu ? "

    Eshébé mima un peut-être... puis sourit.
    -" Et ceux qui sont venus là-dedans, que sont-ils devenus ? "
    Hésitation d'Eshébé qui fixa ensuite avec attention la petite fille.
    -" On ne sait pas vraiment. Ton père a trouvé le vaisseau il y a fort longtemps et le Conseil Tribal, sous son égide, a préféré oublier ce secret. Sans doute était-ce plus sage ... "

    Eshébé tordit sa lèvre supérieure et rêva au  loin.
    -" De toute façon, personne n'a jamais pu ouvrir le secret. "
    -" Veux-tu dire que personne n'a jamais pu entrer dans le vaisseau ? "
    -" Je veux dire. "
    Maghiarane tut son étonnement et le second secret qui s'y insinuait.

    Eshébé, après une pause énigmatique, enchaîna :
    -" Avant l'oubli, chaque guerrier avait tenté de l'ouvrir. Devant leur échec,  les membres du Conseil ont essayé puis les femmes, les mères, certains enfants qu'on jugeait "élus" ... Même à Moi on a demandé ! ... Pourtant l'oiseau n'a accepté personne ... "

    L'enfant sut qu'elle devait taire son exploit : pour l'expression que le visage de son frère
    avait revêtu un instant en la découvrant à l'intérieur du vaisseau ... pas de colère, ni de rancoeur ...
    Plutôt de la stu-PEUR.
    Il savait que le vaisseau avait refusé son Peuple.
    Pourquoi pas Elle ?
    En quittant Eshébé, Maghiarane ne vit pas son regard scrutateur, tant elle était elle-même préoccupée.

  • MEDJEÉREDOURNE

    Le Vaisseau de Nulle Part - Épi Zod' One

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    Quand l'enfant trouva le grand oiseau, elle crut qu'il était mort.
    Il semblait dormir sous sa peau de fer et en le touchant, elle avait senti cette matière aussi dure que celle dont on faisait les épées des guerriers de sa tribu.
    Ces derniers, amusés par la curiosité et la vivacité de la petite fille, l'avait nommée Maghiarane, ce qui dans sa langue voulait dire "Chercheuse d'Aventures".
    En cet instant, elle leur prouvait qu'ils avaient vu juste car sans crainte, elle s'approchait de l'oiseau.
    Il portait la tête "haut-ciel", le nez en pointe au-dessus de l'oeil carré. Ses ailes se resserraient sur lui comme s'il voulait se protéger. Sa queue plantée dans le sol, comportait une lame acérée.
    Son corps brillait comme un arc-en-ciel.
    Elle ne résista pas à l'admirer de plus près en tendant la main vers une des ailes :
    un bruit claqua près d'elle pour fendiller une porte dans la paroi.
    Elle s'ouvrit ; personne n'en descendit.
    Elle avança avec précaution pour hésiter dix secondes avant d'entrer.

    feuilleton

    Il faisait noir.
    Comme elle posait encore un pied, de nombreuses lumières l'aveuglèrent les unes après les autres.
    Des vitres lui renvoyaient son image en multitude qu'elle compta en nombre de
    soeurs qui levaient un bras ou inclinaient la tête au même instant.
    Les vitres alors se divisèrent sur de longs couloirs. Elle sursauta à peine... Où allaient-ils ? Elle mordilla sa bouche pour décider de continuer.
    Le couloir à gauche ... une lumière bleue ... des parois lisses et douces ... sur lesquelles elle collait ses mains par besoin d'être soutenue.
    A la fin elle parvint à une cabine.
    Il y avait six sièges en demi-cercle et devant eux, des cadres remplis de miniscules boutons vers quoi son doigt se tendait déjà lorsqu'elle entendit LE bruit ... Son coeur pulsa un peu fort et la respiration en devint plus lourde, parsemant une fine dentelle de transpiration sur ses tempes.
    Elle réunit donc tout son courage et se retourna subrepticement.
    Bouche ouverte face à elle, elle reconnut son frère, empêtré dans son bouclier et sa lance.

    -" Quaria na ébé malata ?" - ( Que fais-tu là ?)
    -" Ar taé ? - ( Et toi ? )
    -" Afa quélé massara osso paméré " - (Papa voulait que je te cherche )

    Elle hocha la tête, un peu gênée.
    Il reprit dans leur langue :
    -" Il faut rentrer, la famille s'inquiète pour toi "
    Elle objecta aussitôt : "Mais ne vois-tu pas où nous sommes ?"
    -" Je sais où nous sommes. Ce n'est pas NOUS."
    -" Tu l'avais déjà vu ? "
    D'un mouvement craintif de la tête, le garçon traduit son assentiment.

    -" Il faut le laisser là et ne pas le manier. La tribu le dit dangereux "
    -" le quoi ? "
    Il trembla sur ce mot : " le vaisseau ..."
    Il se redressa pour affirmer sauvagement :
    -" c'est aux guerriers d'apprendre ça ! "
    -" Je croyais qu'il ne fallait rien faire avec lui ?"
    Du même air énervé qu'il avait toujours quand elle lui tenait tête, il poussa l'idée d'un geste de bouclier.
    -" C'est quoi un vaisseau ? " demanda-t-elle enfin
    - " C'est pour aller plus vite .. Bon dépêche ! On nous attend. "
    Elle ne protesta plus mais tout en le suivant, elle se promit de revenir ... seule ... Et puis.. elle irait aussi consulter la Corsireè de la tribu : elle devait bien posséder quelque savoir sur ce soi-disant " vaisseau" ...

  • O-PE-RA-TION-GER-TRU-DE

    ou
    CHER-CHE-FO-YER-POUR-E-FFI-SCIENCE.

     

    - "Le dernier modèle !"

    Elle se pavanait, pas de doute !

    Il ne lui manquait que la queue en éventail sur un "Lé-on-on-on-on-0n".
    -"Je l'ai appelé DO.ALL. Chic, non ?"
    Elle avait tout dit.
    Le robot d'argent, immobilité toute en élégance au centre du salon, concentrait l'espace autour de lui.

    -"Quand Jean m'a offert ça, je n'en revenais pas. Il est complètement désarticulé."
    -"Qui ça ? Jean ?"
    Ludivine pouffa derrière une grimace pour crier du salon :
    -"Jean ! Où est la télécommande ?" - ce qui fit ondoyer Jean dans ses muscles moulus, jusqu'au divan.

    Il appuya sur trois boutons.
    Le robot bougea sa tête en forme de losange, à peine ses bras, puis ouvrit la fenêtre au milieu du visage : un fond marin animé d'étoiles et de nébulosités, regard cosmique qui ne voyait personne.

    -"On peut lui faire faire tout ce qu'on veut !"

    Sur une autre pression, Jean obtint de la machine diverses positions, le poussant à des acrobaties dont un robot ménager n'aurait nullement besoin.
    Le chien écrasable du couple grognait à chacun de ses mouvements, rutilance fluide qui le faisait aboyer plus fort. Lassé du conflit après en avoir ri, Jean et Ludivine firent asseoir le robot en mode repos, juste à côté de Gertrude,
    l'invitée-témoin du jour.
    Le chien tentait de menacer l'androïde qui paraissait sans réaction. Néanmoins, quand Gertrude le vérifia, elle constata, avec un petit frisson, que DO.ALL s'était tourné vers elle avant de s'éteindre.

    Durant des jours, mari et femme traitèrent ce prodige technologique en subalterne.
    Sous prétexte qu'il ne pouvait ressentir, ils lui parlaient mal, le rabrouaient ou se moquaient de son souci de perfection.

    -"Il paraît qu'il peut parler mais on ne lui a pas encore soutiré le moindre son. Saleté de boîte à conserve !"
    Gertrude ne pouvait s'empêcher, à chaque réflexion inconvenante, d'observer DO.ALL et d'imaginer cette légère crispation de l'automate.
    Son malaise rivalisait avec la grossièreté des deux autres.

    Un matin, Ludivine lui annonça par téléphone qu'elle voulait se séparer de sa "casserolle", excédée par son mutisme et "prête à la dépression nerveuse qu'elle couvait depuis longtemps".
    Gertrude n'hésita pas.
    Elle ramena DO.ALL chez elle et lui fit visiter l'appartement.

    -"Ça te plaît ?" lui demanda-t-elle en se riant d'elle-même.
    DO.ALL oscilla légèrement, fit faire un tour complet à son faciès : l'examen virtuel des lieux l'occupa un moment puis il se posta devant Gertrude.

    -"DO.ALL-CHEZ-LUI"

    Gertrude fut abasourdie.
    L'oeil de DO.ALL cligna plusieurs fois puis la machine de Vaucanson tendit une main :

    -"BIEN-JOU-É-PAR-TE-NAI-RE"

    Comme Gertrude ne manifestait rien, il se pencha :
    -"DO.ALL-A-É-VA-LU-É-LE-PO-TEN-TIEL-EN-TEN-TE-A-VEC-NOU-VEL-LE-A-SSO-CIÉE-RÉ-SUL-TAT-85-%-DE-RÉ-U-SSI-TE-EF-FI-CA-CI-TÉ-MA-XI-MA-LE-POUR-DO.ALL"

    Gertrude prit sa main et lui sourit.

    Ce qui amena DO.ALL à la confidence ultime :
    -"GER-TRU-DE-DOIT-AU-SSI-CHAN-GER-SES-RE-LA-TIONS-VAUT-MIEUX-QUE-CES-
    DEUX- ... SACAVIANDES ... -"