• C'est Re-Moi, dans tes Bras !

    La Suisse, en été, ondule entre cobalt et émeraude dans les frissons de ses lacs et les courbes de ses montagnes.
    Alors que l'hiver l'érige en mur pour se refermer sur la neige, le soleil la recolorie en l'ouvrant au ciel.

    Parmi ces vallons harmonieux, au détour de l'un d'eux, 25 années d'oubli surprirent Emmanuel et Frédérique.

    Lui, en vacances, Elle, résidente ;
    Lui, seul, Elle, avec mari et enfants.
    Tous deux sillonnaient les sentiers pédestres.
    Il la reconnut à peine tandis qu'elle l'identifia instantanément.
    Salutations...Exclamations ... !!!! PUIS - Silenccccccccccce.

    Le mari de Frédérique - (Benoît) - les poussa à boire "LE coup des retrouvailles" autour d'une table en bois, dans les herbes et les arbres, café-thermos à disposition.

    -" On était dans le même lycée mais pas dans la même classe et ... pas vraiment dans le même CERcle... "
    Benoît à qui s'adressait l'explication, eut un hochement compréhensif.
    -" J'étais en S ! - Dé-JÀ ! ... et TOI ? ... en ... A, non ? ... Il semble me souvenir ..." reprit Emmanuel.
    Fin sourire crispé de Frédérique, qui confirma,
    et première inquiétude en Benoît.

    -" La section scientifique régnait sur la Cour Centrale ... On était un peu les chouchous. On faisait moins attention aux autres, - à part pour les filles, bien sûr (léger rire de faux regret)- On était jeunes ... " -

    Mettant Frédérique en vedette, il mima l'effort de mémoire :
    -" Tu étais bien une amie de ma soeur Sylvie ? C'est ça hun ? Oui ? Oui-oui... Je me montrais un peu taquin avec toi, non ? "
    -" On peut le dire comme ça "

    Benoît bougea sur son banc.

    -" Marie et moi nous sommes mariés après le bac, tu le savais ? "
    -" J'étais invitée au mariage. "
    -" Ah ! Oui ! C'est vrai... Ma mère t'aimait beaucoup ... Et Sylvie aussi biensûr ... "
    puis brutalement :
    -" Nous avons divorcé peu de temps après, Marie et moi ... le temps d'avoir un enfant et hop ! Elle était partie ... On ne l'a plus jamais revue ... Ouais ... J'ai confié mon fils à mes parents pour cette semaine ... "

    Comme la fumée du café concentrait la gêne de chacun, Benoît relança très motivé :
    -" Et dans quelle branche êtes-vous ? "
    -" Oh ! J'ai fait un peu tous les métiers ... Maintenant je suis dans le commercial ... Beau-coup de défis à relever ...
    Et vous deux ? "
    -" Moi je travaille à l'Observatoire de Genève ; Frédérique écrit et dessine des albums pour enfants. "
    -" WAou ! Donne-moi la collection, j'en achèterai à Luc. Comme quoi ! ... Un bac littéraire peut déboucher sur quelque chose. "

    Frédérique leva menton et sourcils.

    Depuis le début, la petite voix, tout au fond, l'exhortait à être magnanime ...
    Tu as mûri ! ...Es devenu une a-dul-te ... ( en qui l'adolescente n'avait pourtant rien pardonné ) - Recul du temps ... BlaBLAbla ...
    Elle allait lui en donner du RECUL !

    Elle se leva.

    L'anxiété de Benoît passa en DEFCON 3.

    Enjoignant Emmanuel à se rapprocher d'elle par une main tendue, Frédérique l'enserra de ses bras avec un espace suffisamment chaste entre eux.
    Regard dans regard, douceureuse, elle lui dit :

    -" Tu as fini tel que je l'avais prédit à ta mère et à ta soeur, qui m'aimaient beau-coup.
    • Illusion de bourreau des coeurs, tu as épousé la pute du lycée
    • Bac scientifique, tu en es réduit au chômage alternatif
    • Pour le père que tu n'as pas su être - NON PLUS - Tu seras abandonné à l'hospice pour vieillards.

    Finalement - je suis contente de t'avoir revu. "

  • Shark'N Dale

    Maintenant qu'il avait capté les mouvements des planches surf, voile ou vapeur - qui titillaient non seulement les flots mais aussi son mode "vibrations" interne, il reniflait une ou deux saveurs acides dont l'onde rougissait, portant le bruit d'une douleur enivrante. Auparavant sur la droite, quelques jambes tendrement potelées l'avaient aguiché bien qu'accidentellement présentes sur ce territoire.

    La prudence, au demeurant, le cantonnait aux profondeurs en ignorant combien de vagues le retiendraient ... encore.
    Puis il y avait eu ce cousin à l'aileron tapageur qui mollement broutait la faune et la flore, et qui sans respect pour son aîné, avait chassé de l'environnement viande prête à l'usage.
    Il lui restait bien quelques en-cas : ils paradaient sur ces épaves qu'ils faisaient ensuite filer dans un souffle, peu aisées à rattraper.

    Mais le plat principal s'était présenté de lui-même, un jour de faim lancinante.

    Cette silhouette sentait le chiffre et ses obsssesssions, campait la désapprobation de l'océan.
    Elle l'avait intrigué parce que la mer semblait un atout comme si ... l'inconnu en attendait des résultats.
    Rien à voir avec ces Zabrutis qui en roulant des bouteilles en plastique sous leurs aisselles, se rêvaient pirates d'un flot dans des rires de demeurés, pour agiter des bras superflus et qui à lui auraient été si utiles cependant qu'une patrouille vrombissait régulièrement depuis l'incursion du pèlerin.

    A l'amorce d'une nuit, enfin, la clémence ramena l'homme-calcul.
    Il tenait un objet et soupesait sa rentabilité avant d'entrer dans la mer.
    Une fois la taille inondée, il promena la bouteille plastique dans les eaux en la faisant claquer doucement.
    Quel savoir-faire !!!!!!!
    Un frisson cambra délicieusement son observateur ...

    ...

    Le propriétaire de plage privée vit alors l'aileron glisser assez près.
    Parfait !
    La technique marchait !
    Persuadé de croiser le requin pèlerin, il imagina l'écriteau qui attirerait le client :
    DANGER !
    SENSATIONS D'EFFROI !
    LOCATIONS de PEP et de palmes ...
    Pourquoi pas de tubas ?
    Un monstrueux chiffre d'affaires venait à lui ...
    ou plus vraisemblablement le requin gris qui attiré par le bruit de la bouteille, croyait entendre celui du poisson en détresse,
        mais de la chair fraîche ferait tout aussi bien l'affaire ...

    Tout sourire, il se rua.

    requin.jpg

  • Et si Elle, Elle a envie d'être GROSSE, MOCHE et VIEILLE ?

    Celle qui avait parlé, caressait les os qui débordaient de son maillot.

    -" Tu n'as vraiment pas envie de maigrir ? " insista-t-elle

    Lucille se contenta de regarder les familles entassées autour du bassin comparable à une marmite mijotant ses légumes tant les enfants s'y ébattaient nombreux à cette heure.
    Piscine ouverte oblige, le soleil cuisait tout son monde en métaphore filée.

    Elle se décida enfin sur :
    -" Sûr ! A 20 ans je mets la crème qui m'empêchera d'avoir cinquante à 60 ans, à 30 ans gym quarante huit fois par semaine, à 40 ans je bouffe des fleurs en bavant sur la photo de la nouvelle idole. "

    Souad soupira son désespoir sans avoir le temps de le savourer parce qu'un beach-man-volley s'avançait déjà pour lui proposer une partie avec quelques camarades et le coup d'oeil vers les " quelques camarades " évaluant le rapport entre agréments et ridicule, la fit minauder un peu.

    -" Je joue comme un pied ... "
    -" T'inquiète ! Y t'invite pas pour tes pieds ! " balança Lucille sur cinq frites mâchouillées bouche grande ouverte.
    Le garçon frémit mais attendit Souad courageusement.

    Elle rejoignit la bande, vite coincée entre les envois et les services dans le filet.
    Dans l'équipe adverse, un râleur sur qui les déhanchements de Souad n'avaient aucun effet, attira les yeux veloutés de Lucille.
    Sa virginité en émoi lui rappela certaines nuits où seul son oreiller s'aplatissait sous elle. Allait-elle vraiment devoir succomber à la grande marque " Poids sous surveillance " et la gamme illlllussssstrissimmmme "Légère ... Trop Légère ! "
    pour accrocher un Mâle tel que lui ?

    Mais avant d'avoir décidé quoi que ce soit, le rebelle avait dardé un ballon colérique sur Elle et criait en haut-parleur :
    -" Autant demander à ton Panda Kung Fu de venir jouer sur le terrain ! "

    Souad soudainement encombrée par sa chevelure, n'osait plus regarder son amie.
    En référence au héros cité, Lucille engouffra la fin du paquet de frites et se leva.
    Un raz de marée n'aurait pas mieux fragilisé les joueurs en lice. Se consultant du regard, ils ne purent que constater le remplacement de Souad par ...

                  ...Lucille.

    -" Vazy Gras du Muscle ! Maint'nant... On JOUE ! "

    Elle les écrasa magistralement.
    Son surpoids balayant le sable dans des réceptions sans faute, le service d'un tel "foudroyant" qu'ils ne pouvaient que reculer, le smash puissant au point de briser l'élan du plus fort, elle offrit à son équipe une victoire totale.

    Elle suffoquait au risque de perdre toute sa graisse lorsqu'elle apostropha l'ennemi d'un :

    -" Et mon nom exact, c'est KUNG-FU PANDA ! ",
                 pour aller se baigner.
    Elle resta dans la froideur de l'eau à demi javellisée pour y noyer ses sueurs.
    Quand la baleine en elle émergea, elle se retrouva face à son provocateur.

    Ce qu'elle cracha de son immersion, rejaillit sur lui.
    -" Ça, c'est de la part de WILLY ! "

    Elle avait fait son choix.
    Elle ne maigrirait pas.