• I) Quand la Pièce Montée se fait descendre

    L'église était pleine à faire péter les vitraux et ce n'est pas l'orgue
    frôlant la palpitation cardiaque qui la rassurerait.
    Juste à côté d'elle "Miss Biafra 2014" marmeladée dans du bleu de
    chine, refusait de freiner les larmes qui prenaient toutefois garde à
    ne pas barbouiller son maquillage.
    Sur sa droite : son CAS-valier - avec l'uniforme adéquat sans les
    attentions comprises ... Le cerveau de cet homme avait dû
    chirurgicalement être greffé sur son portable DURANT la grossesse
    de sa mère.

    Il ne parvenait à s'en détacher (son téléphone, pas sa mère !!!...).
    Sûr qu'il avait le mobile (ouais je sais, c'est facile !) pour éviter l'ennui
    magistral que la cérémonie éternisait.

    C'est à cet INSTANT, pressée entre ces deux maniaques, qu'Albertine
    reçut en pleine rétine L'OEUillade : celle de Bélinda, l'épousée, cherchant
    la tendre complicité avant l'échange de ses voeux comme si constater
    l'émoi d'Albertine pouvait lui assurer le bonheur conjugual. Déchirée
    entre cette lourde responsabilité et son absence d'empathie, elle
    essaya un sourire dont la mièvrerie satisferait peut-être la mariée.
    Elle aimait beaucoup Bélinda mais ... bon ... il y avait des limites ...

    Maintenant à table fidèlement coincée entre celle qui ne mangeait rien
    et celui qui buvait ses SMS, Albertine subit discours sur discours :
    témoins, amis, famille que 
    toasts sur toasts rendaient de plus en plus
    égrillards.

    Ah ! Ces ZAméricains !!
    Entre deux plats, son voisin avait commencé à s'énerver sur ses messages
    puis l'avait officialisé de vive voix sur multiples coups de fil. La conversation
    semblait se détériorer mais elle ne saisit pas tout malgré ses études
    universitaires aux États-Unis. Il parlait beaucoup trop vite pour la petite
    française qu'elle était.

    La pièce montée fut ENFIN avancée !

    Ouf !

    Les conjoints allaient remplir leur part en découpant celles du gâteau pour
    la plus grande gourmandise de tous et chacun applaudissait, se régalait,
    s'extasiait ...
    ... LORSQUE la pièce montée
    EXPLOSA !

    On se récria, on courut un peu partout pour s'apercevoir que seul un
    homme avait provoqué la catastrophe :
             l'homme au portable !
    Il gisait dans la crème et les choux (Albertine se sentit coupable car
    c'est elle qui avait conseillé cette pâtisserie française à Bélinda)

    - Vive les mariés ! cria "Miss Biafra 2014" surgie des toilettes

    Son enthousiasme fut dispersé par la pagaille dans laquelle se mêlaient
    urgentistes, policiers (on les avait appelés ?), mariée en pleurs qui répétait
    "pile le jour de mon mariage" avec force rancoeur, organisateurs de
    mariage prêts à réorganiser l'inorganisable.

    Finalement Albertine ne regrettait pas d'être venue.

    Elle ne s'ennuyait plus.

    Ces ZAméricains avaient décidément le sens du spectacle.

     

    À suivre ...

  • Gros baiser de Russie


    Soyez les premiers à découvrir le film
                        d'Igor Liouchenko.

     Si la vidéo ne fonctionne pas, voici le lien youtube : https://www.youtube.com/watch?v=28ZaHGacwDM&feature=youtu.be

     

    Igor Liouchenko, ukrainien de son état mais cinéaste réfugié en Crimée,
    signe là 
    un court métrage destiné à symboliser la résistance de son pays.

    Le recours au cinéma muet sert d'allégorie :
    nul ne peut exprimer ouvertement son opinion.
    La poupée, symbole d'une culture multi-gigogne, prête à se répandre,
    séduit puis 
    asservit l'autre personnage qui devient bel et bien la marionnette
    qu'il était 
    pourtant à l'origine.

    On notera le rire diabolique et le plan fixe sur l'oeil de la poupée dans lequel
    il faut 
    voir une référence à Moscou.

    Il s'agit là d'un appel au secours codé.

    Gageons que l'Europe ne tardera pas à comprendre.

    John DOE

  • Saint Chrone, priez pour nous !

    A ce moment de l'aube, personne n'aurait osé sortir une mitrailleuse
    DEGTYAREV DPLMP par cette température. Le soleil ne tendait pas
    encore l'horizon qu'aucun mortier TYPE 63 n'aurait pu zébrer.

    Un samedi 8 mars euphorique réveilla Kinh et Ngo qui après avoir
    fait reluire leur casque (exercice quasiment impossible vu le modèle !),
    Kinh et Ngo donc avaient rejoint le champ d'entraînement.
    La plupart de leurs camarades s'y tenaient déjà raides comme des fusils
    snipers DRAGDENOV SDV, peu enclins à partager leur enthousiasme
    matinal.
    Prêts à installer leurs lance-missiles 9K32 - comme d'autres s'asseyaient
    à leur bureau - ils préparèrent leur matériel avec entrain.

    Soudain comme propulsé par un pistolet TOKAREV TT33, apparut sur le
    terrain leur colonnel.
    Chacun au garde-à-vous reproduit aussitôt le salut en écho.
    L'ordre fut donné : une salve unanime lui répondit.
    Concentrés sur leurs tirs qui ne cessaient d'éclore dans cet avant-
    printemps, les soldats ne remarquèrent pas l'éclat argenté vrillant
    à l'instant au-dessus d'eux.
    Bruits et fumée le leur camouflèrent encore jusqu'à l'arrêt des tirs
    exigé par leur gradé ; là, dans le silence, une luminosité orange
    leur fit renverser la tête en arrière. Explosion de ? ...
    Le colonnel ramena son attention sur ses troupes et examina
    l'orientation des armes. Pas un n'avouerait son erreur involontaire
    de cible.

    Il se rendit au quartier général (forcément pour un colonnel !) dans
    lequel il trouva (justement) le général.
    Une fois face à son supérieur encore au téléphone, le colonnel put
    saisir l'essentiel de la conversation.
    Les deux hommes étudièrent la situation.

    - Un boeing 777 de la Malaysia Airlines a décollé de Kuala Lumpur
    pour Pékin et a disparu des écrans radar au-dessus de chez nous.

    Le colonnel tiqua.

    - J'ai informé les autorités qui ont communiqué aux nations concernées
    les circonstances de nos manoeuvres - 153 chinois à bord notamment ...
    - Comment la chine a-t-elle réagi ?
    - Elle déploie ses satellites ... Nous avons évité l'incident diplomatique en
    présentant nos excuses à tout le monde. Désormais c'est les médias qui
    s'occupent de noyer le poisson ...

    Sur les lieux du crime (quelque part entre 8°30' et 23°22'), les hommes
    continuaient à fixer le ciel presque prêts à une manifestation divine.

    soldat,vietnam,guerre,entraînement

    Ngo prit Kinh à part.

    - C'est nous deux ?
    - Je crois bien ...

    Ils pâlirent bien que cela leur soit extrêmement difficile.

    - C'est dingue. Juste quand on commençait à maîtriser l'engin ... Pourquoi fallait-il qu'un machin passe
    à ce moment- là ?
    - Le pire dans tout ça c'est que si on l'avait visé,
    on l'aurait sûrement raté !

    Kinh bouche au menton et sourcils en fusion, acquiesça vertement.