• " Quatre Milliards* de Mille Sabords " !!!

                                                     * Valeur suisse.
                                                                         En euros la somme chute à 3,2 milliards et des lingots ...

     

    « Retrouve-moi à minuit, à l'arrêt du petit train bien après le monument
    Brunswick
    (tu sais après le parking longeant la rue Monthoux) à l'exact
    opposé de l'Horloge Fleurie
    . »

    Evgeniya fripa son nez d'agacement, les yeux en l'air.
    Même sur un petit  mot, Demyan ne savait pas se montrer succinct, avec un
    goût pour une mise-en-scène emphatique ...

    Comme si elle ne connaissait pas Genève !

    Elle traversa le pont du Mont-Blanc majestueusement arqué au-dessus de la
    rade, si large qu'il lui rappelait cette sensation lorsque enfant elle avait longé
    le Rhin qui semblait la perdre entre ses rives.
    Le jardin anglais derrière elle, elle avança un peu au-dessus de l'île Rousseau
    pour bifurquer à droite devant le Square Mont-Blanc puis le dépasser en
    rejoignant son rendez-vous.

    Demyan, ombre noire dans la nuit, ridicule avec ses lunettes sombres, faisait
    semblant de ne pas l'avoir vue. Elle faillit - encore - lever les yeux au ciel mais
    s'en abstint en se rendant compte qu'elle en avait fait un tic à force de vivre
    aux côtés de cet homme.

    - On t'a suivie ?
    - Qui veux-tu, Demyan ?
    - Enfin Evge, je te trouve bien désinvolte !

    Evgeniya bloqua un hoquet dans se gorge - (si-si, c'est PÔ-SSIB' !!).

    - Pourquoi ? tu crois que le nouveau directeur d'Uralkali chercherait à
      t'éliminer, par mimétisme ?
    - Arrête ! Dire c'est provoquer ...
    - Tant qu'on n'a pas fait ses onze mois de prison à Perm, on n'est pas "in", pas vrai ?
    - Cesse je te prie ! ... Comment va Elizaveta ?
    - Notre divorce la bouleverse. Je ne lui ai rien dit de cette comédie.
    - Tu as bien fait. Je viendrai la voir après la décision du Tribunal Fédéral.
      Pour l'instant soyons discrets et affichons le désaccord dont la presse se porte
      garante.
    - Et LE club ?
    - Quoi - LE Club ?
    - C'est à cause de lui, non, toutes ces tracasseries ?
    - Je ne peux pas m'en défaire comme ça. Avant il faut que l'argent que tu
      récupèreras soit transféré sur un compte auquel il me soit impossible d'accéder ...
    - Et ce qui nous reste ?
    - Je leur en verserai une partie pour les calmer ... Cepenant il nous faut avoir
      recours
    aux moyens légaux si l'on ne veut pas voir engloutie notre fortune.
    - Je t'avait dit de ne pas faire affaires avec «eux» !

    Demyan lissa un bruit sec entre ses lèvres puis changea de sujet :

    - Il nous reste Skorpios et le domaine de St Tropez. Il faudra nous débarasser des
      deux villas.
    - Irons-nous ensuite sur l'ìle ?
    - Je ne sais pas encore ... Il faut jouer la sécurité. Soit j'arrive à négocier un
      accord avec
    «eux», soit je les bloque et ça ...

    Point n'était besoin de détailler la menace.

    Lasse de tempêter, Evegniya se serra contre son mari qui la garda au chaud.

    - Courage ma beauté. On approche du but.

    Ils s'embrassèrent longuement comme revenus sur les bancs de la faculté.

    - Nous sortirons de toute cette potasse.
    - -lasse.
    - Qu'importe ! C'est la conviction qui compte !

    «Et en plus, un vrai sens de la tirade !»

  • "A qui veut jouir d'Aile, il lui faut lever la cuisse" *

    Elle aurait pu croire qu'il allait ondoyer jusqu'à elle derrière la vitre
    mais avait
    instantanément bifurqué vers la droite, pour se poser ...
    sur le toit ?

    Figée dans la certitude de ne plus le revoir, Florine rêva dans les
    vagues de
    sable ourlant les nuages prisonniers du cadre de la fenêtre.

    aigle,vol,fenêtres,hallucination

     

    Elle sentit alors son ombre avant qu'il ne revienne ailes ployées, son
    regard
    somptueux tenant le sien quelques secondes.
    Que faisait-il à des altitudes si peu élevées à moins que ce ne soit un trip -
    à Elle - qui atteigne des sommets ? Comme elle ne s'était jamais droguée,
    pouvait-elle reconnaître un état de shoot ? En même temps elle n'avait
    jamais eu besoin de substance toxique pour se décoller l'imaginaire.
    Non.
    Elle le faisait toute seule comme une grande. La PREUv' !
    L'aigle ouvrit le bec.
    Heu ...     Quelque chose à déclarer peut-être ?
    D'une orientation sèche de la tête, il lui indiqua - ouioui, très CLAIR'-MENT -
    qu'elle devait ouvrir la fenêtre.
    Damned ...
    Le pire : c'est qu'elle le fit.
    Il écartait à peine ses ailes, comme un oiseau sur la branche, qu'il entama
    un speech de mauvais augure :

    - Salut. Moi c'est Earl. Y'a longtemps que je te guette en plein vol. D'abord
      je t'ai repérée près du lac quand tu lorgnes les canards. Du coup - je m'suis
      dit que j'avais toutes mes chances ...
    - Je ne les LORgne pas. Je les nourris.
    - Ben raison d'plusssss ! Je ne demande qu'à l'être !!!!!

    S'était-il - lourdement - essayé à lui ... faire un clin d'oeil ?

    - Toi et moi, ça va pas le faire ! répondit-elle comme si la taille de sa
    cervelle
    s'adaptait sans mal à celle de l'animal.
    - Encore des préjugés d'humain ! A vol d'oiseau je dirais que a tout est
      possible ... Crois-moi ! J'ai de quoi te faire planer ma belle.

    Aurait-elle sauté un repas qui l'aurait conduit à un délire post-famine,
    l'appétit
    étant le seul facteur qu'elle ait en commun avec ce volatile ?
    Il était évident que sa réplique appuyée d'un oeil plus que rapace,
    sortait d'une
    bande dessinée.

    - Tu sais je suis bien réel. On pourrait se trouver un nid rien que pour,
      nous deux ?...

    Elle jurerait avoir aperçu deux sourcils s'agiter entre les rangées de plumes.

    - Prête à voir le petit oiseau sortir ?

    Elle yeuta l'escroc-griffes qui la serr-ait d'un peu trop près, toujours sur
    son rebord
    de fenêtre : décidément les MâLLLL's draguaient avec le même
    code !

    Florine se tança ;
    soit elle avait du plomb dans l'aile,
    soit elle en avait un sérieux coup dedans,
    dans tous les cas elle en battait furieusement.

    Quand la réalité la reprit, elle constata que l'oiseau s'était envolé.
    Avait-elle fini par lui clouer le bec ?
    Ou s'était-elle enfin tiré de cette hallucination ?

    Elle gratta sa chevelure en pétard.

    La vache ! Il était vraiment temps qu'elle se trouve un mec !

     

    * Expression du XVIIè me siècle souvent maintenue dans
      son sens le plus ambigu mais qui s'appliquait à l'art
      de découper les volailles.

  • Résurrection du Fils Prodig(u)e

     

    ArbresBleus.jpgDANS LE ROYAUME DE "KONGDOM",
    CONTINENT QUI AUTREFOIS AVAIT RÉUNI

    56 ÉTATS, DES BERGES MOUSSEUSES
    AUX PLAINES D'ARRIÈRE-PAYS, S'EMPLISSAIT

    DU BLEUISSEMENT DES ARBRES QUE L'AUBE
    FRISAIT À SON APPROCHE.

     

     

     

     

    Bateau.jpgON ENTENDAIT LES CHARGEMENTS DU "SANSVENT"
    AMARRÉ À LA RIVE DE "LOUSBROK",

    SEULE ENTAILLE DE LA RÉGION OÙ UN BATEAU
    POUVAIT ENTRER. CELUI-CI
    SE
    DÉHANCHAIT
    AU-DESSOUS DE LA ROCHE TOUTE EN FALAISES
    EN ATTENDANT LES
    CAGEOTS PLEINS DE DENRÉES
    RARES QUE LE MONDE CONVOITAIT AVEC ARDEUR :

    TANT SES CAVERNES AUX SOURCES D'OR QUE
    LE SANG NOIR EN FUSION SOUS
    SES PIERRES ;
    RICHESSES QUI AVAIENT FAIT S'ENTRETUER
    DES NATIONS POUR
    EXTERMINER ENSUITE
    JUSQU'AU DERNIER AUTOCHTONE.

     

     

    Africains.jpgPLUS UN HABITANT,
    PLUS UN NATIF,
    NE RESPIRAIT SON AIR COULEUR D'ARC-EN-CIEL
    LORSQUE L'ON SOUFFLAIT DANS
    LA BRISE MATINALE.
    PLUS JAMAIS D'ENFANT N'ACCOURERAIT EN CHANTANT
    LA BIENVENUE -

    PLUS JAMAIS DE FEMME CHAMARRÉE QUI DANSERAIT
    LES SEINS TENDUS -

    PLUS JAMAIS D'HOMME DONT LE DIGNE SALUT
    HONORERAIT LE CONVIVE.

     

     

    Tempete.jpgAFFAMÉS PAR LA PRIVATION DE L'EXPLOITATION
    DES RESSOURCES NATURELLES

    AFFAIBLIS PAR DES MALADIES NÉES DE MONDES
    EMMURÉS

    ÉCRASÉS PAR DES MILICES SOUDOYÉES, TORTURÉS
    PUIS DÉCIMÉS PAR ELLES,

    PRIVÉS DE PRÉSIDENTS INTÈGRES,
    ILS AVAIENT DISPARU DE LA TERRE NOURRICIÈRE
    COMME SI LE SABLE LES
    AVAIT EMPORTÉS.

    ET LE MONDE AVAIT PU ALORS S'ABREUVER
    SANS VERGOGNE.

     

     

    Fils.jpgQUE RESTAIT-IL AUJOURD'HUI
    DE CE PARADIS ENFOUI ?

    UN SOUVENIR D'ENFANT ...
    QUI DEVENU HOMME, REVENAIT SUR SES RIVES POUR
    PLEURER LEUR JADIS.

    TÉMOIN DES MASSACRES ET DES DÉSASTRES, AU COEUR
    DE LA DOULEUR,

    IL S'ÉTAIT ÉPRIS DE LA TERRE BAFOUÉE ET DE SA LÉGITIME
    PROGÉNITURE

    SACRIFIÉE.
    LE FILS QU'IL ÉTAIT - PERDU - S'ÉTAIT RETROUVÉ SUR
    CETTE TERRE.

    BIEN QU'IL APPARTINT AU SANG CRIMINEL,
    COMMENT SE RÉCLAMER D'UNE
    FAMILLE QUE LA CRUAUTÉ
    AVAIT ÉRIGÉ EN PUISSANCE ?

    MAINTENANT ÉPUISÉ, L'EMPIRE NE SUFFISAIT PLUS
    À NOURRIR LE MONDE.

    ALORS LE MONDE ALLAIT SE TOURNER VERS DE NOUVEAUX -
    LOINTAINS,

    COÛTEUX -
    MAIS PRÈS À RAVITAILLER L'OGRE.

    ET C'EST LÀ QUE KONGDOM TENAIT SA VENGEANCE.
    A VRAI DIRE LUI LA TENAIT POUR ELLE ...
    IL NE PERMETTRAIT PAS À SA RACE DE DÉTRUIRE DE NEUVES ÉTENDUES OU
    DE VIES INDONNUES ...

    IL ORGANISERAIT L'ÉCHEC !
    LE MONDE MOURRAIT COMME KONGDOM :
    LES SIENS PÉRIRAIENT COMME LES SIENS.

    LE FILS ÉTAIT DEVENU SON FILS.