• Poubelle que toi tu meurs

    Depuis quelque temps en Suisse a été adopté un sac unique : blanc accompagné de vert estampillé du slogan : « Trier, c'est valoriser ! Les anciens sacs poubelle, noirs, ont été peu à peu éliminés.

    La  majorité des cantons suisses ont adhéré à un même concept de gestion des déchets. Il a fallu qu’il soit conforme à la législation fédérale en la matière, qui fixe le principe du pollueur-payeur : chaque habitant paye une taxe comprise dans l’achat d’un rouleau qui comporte dix sacs, sachant qu’un contenant de 35 litres vaut deux francs.

     

    Le sac ne doit contenir que des matières incinérables non recyclables (pdf)

    • berlingots de lait ou de jus de fruits en carton plastifié
    • bouteilles vides de vinaigre ou d’huile
    • emballages et petits objets en plastique, plastiques alimentaires tels qu'emballages de viande, de légumes
    • barquettes de conditionnement pour viandes, poisson, légumes
    • papiers et cartons souillés, tels que mouchoirs, papier de ménage, cartons de pizza
    • serviettes et essuie-mains en papier
    • pots de yoghourt
    • couches-culottes, serviettes, tampons hygiéniques
    • produits d'hygiène tels que lingettes, brosse-à-dents, éponges, coton-tiges 
    • textiles et chaussures hors d’usage ou souillés
    • sacs d’aspirateurs, déchets de nettoyage, balayures 
    • emballages de lessive, pots de crème et de cosmétiques
    • petits bris de vaisselle, de vitres, de miroirs, ampoules à filament
    • éléments en caoutchouc, tuyaux de jardin
    • bâches et films plastiques utilisés pour les travaux et la peinture
    • déchets composites tels que les emballages, les objets composés de matières diverses indissociables, les emballages de chips et de bonbons
    • chips d'emballage et mousse de calage

     

  • Dans le Château des Nazes

    - Il s'agit donc bien de Stéphanie.
    - Stéphanie ?
    - Et elle est avec Hubert ?
    - Hubert ?

    Charles Bailly L'Oréal fixa sa fille avec tous les remords qui l'avaient accompagné
    depuis sa naissance, remords qu'il ne cherchait jamais à expliciter.

    - Et bien oui père, Hubert, le directeur financier de Bertrand Mauriceson.

    Elle se rétracta légèrement.
    - Avons-nous seulement été invités père ?
    - Evidemment ! Nous sommes toujours invités !

    Les lustres, sous leurs lumières, n'auraient pas fait plus trembler les bijoux de la
    jeune femme que cette exclamation paternelle.

    - Nous vois-tu vraiment uniquement attirés par l'éclairage de la demeure comme
      de simples lucioles en pleine nuit campagnarde ?

    Elle plissa le front.

    - Non.
    - Bien.

    Il parut à son tour méditer.

    - Cet Hubert ne serait-il pas celui par qui le scandale a été étouffé ?
    - Si !

    Petit rire sardonique.

    - Ne serait-il pas non plus, par le plus pur des hasards, l'ingénieux directeur
      financier qui a licencié 80% du personnel de la filiale suisse de BM pour
      les remplacer par des indiens en soldes ?
    - Tout à fait.
    - Bien.

    Il reprit sa respiration, comme inspiré.

    - Le type même des bonnes intentions à qui l'enthousiasme coûte cher.
      En voulant trop faire faire des économies à beau-papa, il a provoqué un tsunami !
      Ses indiens ont fait sauté la base de données principale et comme tous les techniciens
      compétents ont été virés, personne n'a pu la réparer.

    Sa fille compatit.
    Lui, sourit.
    Il alla même jusqu'à esquisser un petit pas de danse en étudiant les premiers
    couples se glisser sur la parquet lustré de la salle de bal.

    - Dis-moi et cette Stéphanie qui a fricoté avec ce boursicoteur de mes deux,
      fête ce soir ses fiançailles avec Hubert ?
    - Oui.
    - Comment son père a-t-il pu permettre l'écart précédent : un rapprochement
      avec un travailleur ? On doit s'accoupler dans la famille !

    Il scruta sa fillle.

    - Ne me fais jamais la honte de tomber amoureuse !
    - Vous ne risquez rien père, je vous ressemble.
    - C'est vrai ! Enfin ! Il a heureusement pu faire accuser l'intrus de ses propres
      malversations. Une pierre deux coups !
    - Il est en prison.
    - "Ils" vont sûrement le suicider.
    - Certainement.

    Il haussa les sourcils en scrutant les hautes fenêtres qui ouvraient leur regard
    sur la nuit dans laquelle s'oubliait le vaste parc anglais. Le manoir demeurait
    caché par les hauts arbres édifés comme un rempart autour de lui. Pas assez
    discret à son goût ! Ensuite il salua quelques confrères qui passèrent devant eux.
    Quand ils furent plus loin, il esquissa un rictus.

    - Il ne se doute encore de rien mais Gabriel Beiss sera ruiné d'ici lundi,
    annonça son père presque jubilatoire s'il l'avait pu.

    - Bien.

    Son père la jaugea pour aussitôt relever négligemment une épaule.
    Elle ne pouvait pas avoir fait de l'humour.
    Elle lui ressemblait trop !

  • Madame Nanas et Monsieur Bricot ont un fils ...

    Comme beaucoup d'autres avant lui, Judas n'avait pas la moindre idée
    du sort que lui réservaient cinq jours plus tard.

    Par contre, à l'inverse de ces "beaucoup d'autres" qui auraient au moins
    eu la chance de sombrer dans l'oubli, de Lui et de ce qui lui adviendrait,
    tout le monde se souviendrait.

    Parce que, souvent, des tas de gens, partout, commettaient des erreurs,
    parfois même des horreurs mais la plupart du temps, le tas restant
    ne le soupçonnerait jamais, ne le savait jamais ni ne s'en souciait
    réellement d'ailleurs.

    Malheureusement pour lui, Judas avait subi la loi dite du "Tirage Aléatoire",
    celui qui consistait à payer (pourquoi SON erreur à LUI ?) publiquement
    (histoire de dédouaner les autres des leurs) par une humiliation
    qui le couvrirait d'opprobres sur des générations - donc ...
    HIS-TO-RI-QUE !

    Aussi dans sa tunique propre, installé en toute tranquillité à la table
    de Jésus, leva-t-il son verre commes les autres à la santé de leur leader,
    sans la moindre arrière-pensée.

    Pouvait-il se douter qu'il croiserait un mec encasqué en jupe d'acier
    qui lui demanderait d'un air mauvais "où trouver le messie juif pour pouvoir
    se convertir ?"

    Jésus ne leur avait-il pas inlassablement répété qu'il fallait obliger
    son prochain, ne pas le juger sur l'apparence, ne le condamner sur
    aucune intention sinon pour lui tendre l'autre joue ? ...
    Judas avait appliqué le précepte à la ligne  en renseignant civilement
    le soldat allant jusqu'à l'accompagner devant son hésitation et lui montrant
    même l'objet de son attention en serrant dans ses bras son rabbi.

    Et maintenant on lui reprochait d'avoir cru en la précieuse Parole du Seigneur !
    C'était un comble !

    Bien avant que le coq ait seulement ouvert un oeil, Pierre avait déjà
    renié Judas. Ensuite c'était Thomas qui n'en avait pas cru ses oreilles
    lorsqu'il lui avait expliqué avoir voulu sauvé une âme ...
    Auparavant Jésus avait bien tenté une remarque plutôt ambiguë, du genre :

    - «Tu les dépasseras tous. Car tu vas sacrifier l'homme qui m'a vêtu.»

    Il s'était moins inquiété avec le Fils de Dieu car avec sa manie des paraboles,
    il n'était pas toujours aisé de le suivre. Judas était certain que les trois quarts
    des disciples ne comprenaient absolument rien à ses paroles imagées,
    et encore moins les éclaircissements qu'il fournissait parfois face à leurs mines
    ahuries.

    Rejeté de tous, Judas n'avait rien vu venir surtout quand on lui avait dit
    d'aller se faire pendre ailleurs !

    Comme s'il allait les prendre au pied de la lettre !