• Je suis mais n'en pense pas moins.

    Comment peut-on alléguer une meilleure connaissance d’autrui
    que soi-même tandis que ce soi-même ne se connaît pas toujours lui-même ?
    Quel audacieux se permettrait être du dernier bien avec votre âme face
    au mystère qu’elle-même incarne à vos propres yeux ?
    Et que dire de la remontrance : «  il/elle est tellement prévisible … »
    lorsque vous ne prévoyez pas ce que vous ferez ?

    Bien sûr les apparences ont pour elles leurs hasards et caprices
    mettant parfois sur votre piste des mentalistes de bazar ou
    un pédant infusé de science, à qui vous ne parviendrez pas à cacher
    vos premières émotions, la spontanéité d’une pensée, ceux-là qui
    vous regardent, vous entendent et vous épient pour ne saisir que
    ce qu’il y a à voir.

    Cependant quelque part au fin fond de vous, se terre l’être que
    vous êtes réellement – lumineux ou obscur – prêt à sauver le monde
    ou à le saccager tout autant sans omettre l’indifférence qui peut aussi
    le caractériser. Cet être-là, que vous ne voulez forcément admettre,
    vous hante par la sensation de vous guetter, derrière, tout près ;
    peu importe ce qu’il incarne, il vous contrarie parce que vous ne le
    maîtrisez aucunement, force étant de le reléguer dans votre inconscient.

    Croyez-moi je sais ce dont je parle.
    Moi, c’est un monstre que je cache.

    monstre,double,alter-ego,entité,sosie,jumeau,être,chimèreLorsque vous me rencontrerez la première fois, vous m’estimerez
    sympathique, ma gaieté appuyée d’une drôlerie naturelle vous séduira
    aisément sans que vous songiez à résister. Vous lirez sur mon visage
    le moindre de mes sentiments, ce qui vous rassurera, effectivement
    une personne dont les trait sont tellement expressifs, ne saurait
    vous mentir.
    D’aucun me qualifierait de « sincère » et «fiable » : A « inepte » et
    « simple » me réduirait le reste. Les mêmes qui critiqueront mon jugement
    en ridiculisant – dans un simulacre d’honnêteté – mes propos pour mieux
    les détourner. Ils ne m’accorderont ni envie, ni admiration puisqu’ils
    en sont réduits à n’éprouver que l’un ou l’autre quand ils daignent
    fréquenter l’un de leurs alter-ego.
    Durant ces instants où je devine l’intention de m’écarter ou de me blesser,
    je commence par imaginer l’arme blanche qui tranchera à vif la chair
    de l’adversaire avant que de le frapper toujours et plus fort en renforçant
    la douleur des déchirures en sang ; j’enchaînerai alors sur les malédictions
    virales ou infectieuses qui le rongeront de l’intérieur puis les étendrai à
    celles et ceux qui lui tiennent le plus à cœur et s’ils n’existent pas,
    je brûlerai ses biens, ravagerai famille et relations pour le plaisir de
    détruire ce qui l’entoure, même s’ils ne lui sont rien.
    Je laisserai enfin son cadavre, bouche ouverte, à mes pieds, sans un regard.

     

    Béni soit le chimérique, n’est-ce pas ?, qui nous permet d’expurger
    la violence qui ainsi ne passera pas à l’acte, préservant en nous une once
    de civilisation que tant de systèmes et d’éducations tentent (malaisément)
    de conserver.

    La Bête en nous est encore tenue en laisse.
    On veut le croire.

    Jusqu’au jour où survient un incident, se présente un protagoniste ou
    se matérialise sous vos yeux un objet, qui invoqueront cette bête en vous.

    Il en fut ainsi  le jour où le monstre, en moi, s’est éveillé à la réalité.

  • Agen Secret

    Prune Hoe s'était levée tôt sa vie durant néanmoins ce matin-là comme les autres,
    son avenir ne parut pas plus clairement lui appartenir.

    On lui avait attribué un accolyte de la taille d'un saucisson et aussi sec, que l'ON
    avait surnommé «Bridou» (sa tête pas loin de celle du porc !). En ce moment
    même tous deux pénétraient le hall de Parkinson, un des plus vieux bâtiments
    du quartier, dont le prestige attirait les entreprises d'envergure.
    Rien n'aurait été plus normal que d'y entrer par les portes principales s'il n'avait
    été minuit et que dans son justaucorps, Prune émoustillait sérieusement Justin
    (cette fois de son vrai prénom !) - qu'en la circonstance ses collègues auraient
    baptisé «Bâton de berger». Sa partenaire lui fit signe de la suivre vers le couloir
    dans lequel ils s'engagèrent en courbant le dos afin d'éviter les caméras de
    surveillance, ce qui donnait à Justin LA vue sur l'arrière rebondi de Prune.

    - C'est là que ça se passe ! le reprit-elle aussitôt

    Il pénétra avec elle le bureau spacieux dont le luxe annonçait un membre de
    la direction ; Prune rejoignit la table de travail sur laquelle trônait l'ordinateur
    qui les intéressait.

    - Pourquoi placer le logiciel espion au milieu de la nuit alors que tu peux le faire
      en pleine journée ? demanda son partenaire.
    - Pour justifier ton poste.

    Il lui sourit.

    - Tu penses jamais sans les ordres, pas vrai ?

    Elle le fixa.

    - Je reste sexy en toutes circonstances, ma beauté occulte pas mal de problèmes,
      j'ai la dose d'humour requise. Tu me voudrais en plus intelligente ?

    Avant qu'il ait pu réagir, elle lui  imposa silence pour achever sa tâche puis remis
    le désordre du propriétaire en place.

    - Il est comment ton supérieur ici ?
    - Inutile et fier de l'être ! - son regard sur lui, lui fit presque croire que la
    remarque s'appliquait également à lui. Presque !
    Le gouvernement suspectait le chef en question de détourner certaines
    informations sur l'ennemi monayant sans vergogne la sécurité de son pays.
    Tous ses moyens de communication étaient épiés : ils accumuleraient ainsi
    un nombre de preuves qui suffirait à l'inculper. Il pouvait très bien éviter portable,
    fixe, ordinateur, écran télé et caméras sans son cependant leur observation
    constante ne garantissait pas de révéler ses intentions cachées. Aussi filmés,
    entendus ou suivis soient-ils, qui pouvait savoir à cent pour cent ce qui se passait
    dans le cerveau des gens ?

    Au fond, si ce système de contrôle rassurait les pouvoirs en place qui lui versaient
    un salaire chaque fin de mois, quelle utilité de le remettre en cause ?

    - On y va. Le QG attend un rapport.

    Elle supporta vaillamment le sourire de «Bridou» qu'il devait juger irrésistible et
    qui - à Elle, Personnellement - lui faisait l'effet d'un pot de moutarde sur une
    tarte aux pruneaux.
    De son côté, Justin s'estimait chanceux. Il bénéficiait de l'expérience d'un agen
    hors du commun, tel que Hoe.

    Plus tard, il lui ressemblerait !

  • Very Bad Tree

    - Tiens ! J'te neige à la raie, mec !

    L'homme qui s'ébroua juste sous sa ramure, leva vers lui un regard mauvais
    sans se douter que la chute des traînées blanches sur ses pardessus et pantalon,
    avait été intentionnelle.
    Le rire qui fit osciller les ramifications de l'arbre,
    répandit encore quelques flocons dont l'un aspergea le nez d'une enfant qui
    tendit une frimousse ravie.

    - E'gad' maman ! L'a'b'e joue avec moi ! cria-t-elle avant que sa mère
    ne l'enjoigne d'accélérer le mouvement. Du coup, Vénere envoya une giclée
    sur les cheveux, maintenant dégoulinants, de la gamine qui se mit de ce fait
    à pleurer.

    - T'es content maintenant ? gémit Soul dans un bruissement

    Vénere tenta un coup de tronc mais vu son gabarit de platane, genre sumo
    version forêt, il en fut empêché.

    - Ben quoi ? T'es tout triste vieux ? repartit-il à la place - une naine a le coeur
      en friche et le tien se fane ?

    Le saule pleureur ignora l'ironie tandis que Sapin Sympa glissait déjà une lumière
    de Noël entre eux.

    - Ça suffit Vénere !
    - Sinon tu vas m'enguirlander ?

    Et de désigner ses parures de boules et rubans dans un fou rire que le givre
    bloqua un peu.

    arbres,hiver,noël,jardins,parcs,froid,neige,nature

    - T'as pas oublié que c'est les mêmes qui te coupent, te farcissent de décorations
       pour te jeter ensuite sur le trottoir une fois la fête achevée ?

    Le saule pleureur eut un hoquet.

    - Là t'as raison de pleurer tout ton soûl, Soul ! - ricana le platane puis gravement,
      ajouta : n'oubliez pas tous les deux que cette espèce n'a qu'une envie, nous
      empiler en tas de papiers !

    Soul pencha un peu plus son feuillage vers le sol en répandant autour de lui des îlots
    de blancheur. Le chagrin le faisait toujours ployer.

    - Ils ne sont pas tous comme ça, contra le sapin.
    - Sûr ! Les autres nous enferment dans des carrés de verdure et nous coupent
       les moignons quand on gêne la vue !

    - Tu-tu exa-xa gères ...
    - Oui, Sympa-pa sa-pinpin, pasin pymsa, pasin pymsa, pasapa-pin ... Tu disais ?
       rigola Vénere

    - Arrêtez ! C'est affreux ! Il faut rester solidaires !

    Implorant, Soul manqua de perdre un bourgeon.

    - Ne nous fais pas une montée de sève avant l'heure !

    Ce fut un chien qui stoppa Vénère : le premier prêt à lever la patte, fut enseveli
    sous un tas de neige que l'arbre était parvenu à déloger.

    - Je t'enneige le quatre pattes !

    Le chien débarassa ses poils de la gerbe froide puis voulut revenir à la charge :
    d'un coup d'aiguille, ce fut le sapin qui chassa l'importun.

    - Le froid va s'intensifier avec la bise. Il n'y aura bientôt plus de promeneurs
      d'aucune sorte. Savourons ces moments de paix, argua  Sympa Sapin.

    Se ralliant à cette sagesse, les deux autres arbres retournèrent à leur sommeil
    hivernal.