Ne plus être de Saison

"La Saison" consiste en un calendrier mondain offrant aux jeunes filles britanniques fêtes et événements durant lesquels elles étaient présentées à la société de l'élite anglaise - parfois à la Cour. C'était souvent l'occasion pour elles de contracter un mariage de convenance.

On les appelait les "débutantes".

bal,saison,festivités,événements,débutantes,soirées

- Je ne comprends pas.

Loreleï leva les yeux vers l'homme qui avait parlé.
Qui Lui avait parlé.
Il lui avait été présenté en début de soirée : un comte revenu de voyages de jeunesse qui était ce qu'il paraissait, la coqueluche de ces dames. Derrière sa gravité elle sentit un soupçon de moquerie mais elle fit comme usuellement, elle ne laissa rien transparaître.
Il poursuivit donc :
- Vous devriez être assaillie de prétendants plus affolés les uns que les autres. Et je vous retrouve près de votre chaperon, votre carnet de bal menaçant d'être vide.
- Vous avez quitté notre société bien trop longtemps.

La réponse le déstabilisa à peine.

- Trois ans ...
- Tout s'explique.

Le murmure l'amusa puis sur la permission de la duègne qui accompagnait la jeune fille, il s'assit à une distance d'elles estimée correcte par le "bon ton".

- Expliquez-moi ce tout, reprit-il comme s'il s'agissait d'une farce.

Une farce ? Peut-être l'était-ce au fond ! Avait-elle demandé à être distinguée des Dieux ?
Certes non.
Comme les autres, le jeune homme n'avait retenu que son apparence, laquelle (on l'en avait complimenté tant de fois), pleine de grâce et de lumière, retenait toujours l'attention de ces messieurs.

Elle était magnifique !
C'est la pensée qui lui avait traversé le cœur lorsque la marquise de- l'avait introduit auprès de Loreleï, prénom qu'il s'était répété avec délectation. Elle éclipsait toutes les autres débutantes - si empressées à fondre sur lui, n'était-il pas un très bon parti ? Pourtant aucun de ses pairs ne se montrait assidu auprès d'Elle et il avait été choqué par leur feinte indifférence, imités en cela par les autres jeunes filles du bal. Jalousie des premières ? Peur d'être évincés ... pour les derniers ?
Alors qu'il admirait l'énigme qu'elle représentait, un de ses camarades d'Eton ayant noté son intérêt, lui avait murmuré non sans une méchanceté persifleuse :
- Méfie-toi ! Elle est encore plus troublante que tu ne le subis déjà, notre "casse-membre".
- Pardon ?
- Nous l'avons surnommé ainsi parce qu'elle évoque la devineresse et y mêle l'aspect castrateur de ses propos ... propos que je ne saurai qualifier d'ailleurs !
- Tu veux dire que cette jeune fille voit l'avenir ?
- Si seulement ... Dans son cas, il s'agirait plutôt de visions ...
Le rire de son ami avait ricoché avec un mépris sonore, ce qui l'avait évidemment poussé à approcher cette "déesse".

La voix de la jeune femme le fit revenir à eux.
- Heureuse de vous distraire Monsieur durant cette longue réception. Hélas pour nous la télévision n'y comblera pas encore les moments d'ennui.

Interloqué, il fixa plus le mot inconnu que les traits parfaits de son interlocutrice.

- Vous m'avez bien demandé d'expliquer ce "Tout" ? interrogea-t-elle devant son silence

Il eut un imperceptible hochement de tête.

- Je viens donc de le faire.

Il vérifia autour de lui si son incrédulité était partagée bien que ce fut inutile puisque la conversation n'avait pas porté. Il ne reconnut que dépit ou raillerie dans les regards.
Il toussa lestement, se leva tout autant, salua les deux dames puis s'en alla rejoindre les rangs de ses prédécesseurs.

Encore UN ( elle l'avait néanmoins deviné naturellement en l'occurrence) dont elle n'aurait rien à regretter.

Commentaires

Les commentaires sont fermés.