Non Solum Sed Etiam

La réunion commence mal.

9 heures - Salle Norin Chai

Mon équipe fin prête et sur le qui-vive voit entrer une dizaine de personnes regroupant des financiers, des « marketing » et des chercheurs.
Nos clients sont en retard apparemment à cause de la fille mal fagotée qui pue le génie à plein nez et qui de ce fait ne peut comprendre les enjeux réels de ce sommet entre les différents partenaires de la firme.
D’ailleurs elle regarde les autres comme si elle se demandait quelle langue « Ils » vont parler.
Ça y est, c’est décidé.
Elle m’énerve.

C’est là qu’elle braque sur moi une paire de yeux verts comme je n’en ai jamais vu : hypnotiques par la lumière qu’ils recèlent …

… jamais vu … À part les miens ?

Elle ne cesse de se trémousser sur sa chaise depuis que l’un des intervenants a mentionné un des ingrédients qui composent le dernier produit du Département Innovation. Ce ne doit pas être le bon. Il se fait reprendre par sa voix grave, un peu trop pour une femme mais qui ne fait que souligner son regard. Alors qu’elle prend la parole pour de bon, je m’attends à un jargon pseudo-scientifique émaillé de gestes abrupts néanmoins chaque phrase est limpide, la démonstration efficace, le tout en quelques mots.
Je suis étonné.

Notre silence à tous, aux résonances de félicitation, succède à sa plaidoirie ; apparemment il n’en résultera aucune fanfaronnade de sa part.

Elle m’agace encore plus …
… Me subjugue d’autant …
Là ses prunelles me retrouvent et l’un comme l’autre ne pouvons nous empêcher de nous sourire.

A la fin du meeting nous prenons une collation et malgré mon aversion ambiguë, je rejoins la savante entourée de ses sbires dont une petite ingénue qui me scrute comme si elle n’avait jamais vu d’homme.
Ce qui n’est pas le cas de « ma cible » (Tiens donc ; déjà !). Deux autres gamins louvoient sur elle, séduits par son ascendant lorsqu’elle se met à expliquer les enjeux de notre association : l’entreprise à laquelle j’appartiens va promouvoir les créations de la société pour laquelle elle travaille.
Moi aussi je l’avoue je me laisse gagner par l’enthousiasme qui porte ses paroles et qui nous amèneront progressivement à nous isoler, puisant dans l’humour les ingrédients nécessaires au rapprochement.
Ensuite ce sont les habituels recours au charme en ignorant complètement notre entourage.
Nous nous plaisons.
Nous réagissons aux mêmes stimuli, nous envisageons la vie avec le même recul et la même faim.

Du coup je l’invite à dîner.
Bien sûr elle accepte.

Est-ce Elle ?
Mon double, plutôt ma moitié ? Celle qui partagera mes transformations et mes penchants bestiaux ?

Je vais devoir m’en assurer.

 

 

 

 

À Suivre le Lundi 15 Mai

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