• Comment se montrer Clément ?

    - Virginie ?

    Elle leva les yeux vers la voix masculine ; devant elle se tenait un souvenir ...

    - Virginie , quelle heureuse surprise ! rythma le timbre chaud

    Malgré elle l'étonnement prit le pas sur la rancœur.

    - T'es-tu installée dans la région ?

    - Pour boire un café ?

    Et il se mit à rire tel le bon vieux temps qui raillait ses souvenirs : l'adolescence et sa tendance au sarcasme qui camouflait si maladroitement l'attirance qu'elle avait toujours éprouvée pour Lui. Sans douter d'ailleurs de sa légitimité il s'installa à sa table la frôlant avec une familiarité qui n'avait jamais caractérisé leur relation au lycée.

    - C'est drôle car ... Je crois que c'était le mois dernier ... J'ai rencontré Patricia dans une galerie de la Place des Vosges.

    Alors qu'elle retenait l'apostrophe qui aurait pu cingler l'espace autour d'eux tel une bise d'hiver, il la scruta avec un léger sourire.

    - Muuh ... Avant j'aurais eu droit à une vanne bien sentie. On dirait que tu as mûri.
    - A peine ... C'est toujours le cas pour les melons d'eau !
    - A vrai dire je n'en ai jamais goûté ... et ... - il marqua un silence fort intentionnel - ... Je le regrette bien.

    Cette foi c'est elle qui le fixa avec détermination.

    - Donc te voilà prêt à palper un fruit qui ne mûrit pas après cueillette au bout de ... Quoi donc ? ... Quinze ans ?

    Son rire la fit encore frissonner.

    - Tu es divine Virginie. Comment ai-je pu ne pas le voir dans ma jeunesse ? Ce qui confirme quel crétin je devais être.

    Il s'empara de la boisson apparue sans qu'elle s'en rende compte, lui lançant par dessus une œillade malicieuse.

    - J'ai su que toi et Patricia ne vous voyiez plus depuis longtemps. J'ai compris également très tard que c'était à cause de moi.

    Elle haussa un sourcil.

    - Vraiment ?
    - Je ne voulais pas vous séparer.

    Elle lui sourit à son tour mais avec plus de dureté.

    - Je crois hélas que Patricia n'avait besoin de personne pour renier notre amitié.
    - Quand nous avons divorcé elle m'a avoué que vous aviez toutes les deux des vues sur moi et que pour préserver votre lien, tu t'étais retiré de la course ...
    - Il s'agit d'une ellipse si mes souvenirs de cours de français sont justes.
    - ... Elle a reconnu s'être montré par la suite mesquine en ne cessant de te rappeler sa victoire pour mieux t'enfoncer. Il est certain qu'elle en a été malheureuse par la suite.

    ...

    - Un dernier aveu et je m'éclipse.

    Il la jaugea un instant.

    - Si j'avais vu qui tu étais je n'aurais regardé personne d'autre et nous serions ensemble à l'heure qu'il est.
    - Mais n'est-ce pas le cas ?

    Il eut une grimace penaude.

    - Malheureusement, non.

     

    - Virginie ?

    Elle se retourna et aperçut le signe de connivence de Jérémie qui la rejoignait dans le bar. Déjà près d'elle il se pencha pour une accolade. Elle lui fit de la place puis murmura :

    - Tu te rappelles ...

    En lorgnant le siège face à elle, elle ne vit que le vide.

    Jérémie s'installait sans se rendre compte de l'ébahissement de son amie en lui narrant l'épopée pour la rejoindre.

    -  ... Un de ces trafics. Mais là qui je vois dans la bagnole d'à côté ? Lucien - qui m'apprend d'un trait que Clément est mort. Tu te rends compte ? Clément ? Pas même quarante ans ! Clément à l'avenir si brillant bien qu'il ait épousé cette garce de Patricia ! Bon il a divorcé mais ça fait quand même tâche, non ? ... Virginie ?

    Mais Virginie se trouvait entre deux phases de temps : celle qui lui jurait qu'elle n'avait pas rêvé et celle qui lui ferait oublier ce si étrange épisode.

  • La Nuit des Poulpes Vengeurs

    - Messieurs !
    - … ET Mes-dames !!
    - … Oui … Bien … Messieurs … ET Mesdames.
 L’opération Legitimus Polypus est désormais lancée.

    Une salve de tentacules entrechoquées encouragea l’orateur tandis que le crépuscule inondait progressivement le fond des mers. La vie aquatique dans son entier demeurait suspendue tant cette profusion de mollusques - habituellement si casaniers sous leurs sables ou entre leurs rochers - la déconcertait.

    Malgré sa tentative de camouflage, un retardataire se fit sentir à la vitesse de sa propulsion qui avait fait frémir les eaux .

    Ce qui l’obligea à s’excuser :

    - Désolé, j’ai eu un problème technique.
    - Lequel ? chuchota son voisin
    - Avec la projection du jet d’encre, murmura-il à son tour
    - Alors là j’ai une astuce …

    - S’IL VOUS PLAÎT !, rappela à l’ordre le meneur

    L’attention fut de retour.

    - De par notre sang bleu, nous nous situons bien au-dessus de cette chaîne humanoïde qui ne cesse de polluer nos flots et capturer nos confrères …
     - … ET Con-soeurs !!!
    - … ET CONSOEURSDonc, avant d’être « branchiement » interrompu … Confrères et consoeurs dont le massacre ne cesse d’augmenter. Si nos parents étaient là, ils seraient fiers de notre action.

    Ce à quoi répondit un branlement de têtes dont la lourde conviction ne fit qu’augmenter l’euphorie du rhéteur.

    - Bien que contrairement à eux nous ne manquions pas de cœur, il nous faut tout de même abandonner notre passivité pour les neutraliser et cela ne sera possible que si nous unissons nos ventouses.

    Le discours se finit un peu avant deux heures.

    Ce ne fut qu’à quatre heures du matin que les premiers bateaux de pèche survinrent.
    
Les poulpes, forts de leurs repas gargantuesques, s’enroulèrent ici autour des hélices, là autour des rames, agrippant plus loin les filets pour mieux les déchirer de leurs becs. Aussi nombreux et robustes que des légions de César ils surgirent de l’eau pour envelopper la tête de leurs proies et les étouffèrent les unes après les autres.
    La surprise d’une telle attaque rendit les humains sans défense.

    Après cette victoire des céphalopodes, le reste des océans parut leur appartenir.

     

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    Et pour les curieux : http://www.jaitoutcompris.com/animaux/la-pieuvre-57.php