Porceline et la Théière Magique

Sur l’étage les vitrines s’empiffraient des lumières que ce jour d’automne assez pingre épargnait sur les salles alentour.

Porceline de sa main droite, chiffon dardé, essuya une trace pour aussitôt défier de son plumeau quelques poussières qui eurent le culot de voleter en tout sens là où le silence et l’ordre intimaient de bien se tenir.

Le Château, musée des céramiques et de la région, exhibait services de table et vaisselle du XVIIIème aux regards soit concupiscents soit ignorants des visiteurs que l’époque attirait difficilement.

- Pshoufff !! …

Porceline dodelina.

- Pshoufff !! …

Cette fois Porceline identifia la source du bruit.

Il provenait d’une théière droite à peine agrémentée de guirlandes avec un décor de manufacture sur le ventre et dont le bec bien que relevé avec élégance, se fronçait.

La jeune femme la reluqua avec méfiance.

- Est-ce que tu pourrais épouss’ter de façon plus efficace ? L’apostropha la pièce, ce qui fit sursauter Porceline déjà fort ébranlée.

- J’ai des grains microscopiques qui passent par mon verseur !

Face au silence de son interlocutrice, la théière mima un débordement comme si un thé imaginaire lui avait brûlé le ventre ou forcé le passage de son bec.

- Une vraie futée ! (C’est bien ma chance …). Donc j’EX-pliQU’ : vu que le haut de la vitrine est décollée et que personne n’est foutu de le réparer, je me reçois tous tes miasmes et rejets !
- Ce ne sont pas les miens !

La théière haussa l’anse.

- Le résultat est le même.

Par quel prodige cette vaisselle avait hérité du don de la parole ?

Comme si elle l’avait entendue, cette dernière remarqua avec le même mordant :

- Ah ! je vois. Encore des idées préconçues. Une théière est faite pour infuser, tenir au chaud, servir et blablabla …
- Loin de moi de tels préjugés ! se récria Porceline

La théière se pencha juste assez pour ne pas renverser et grossit son décor de colère retenue.

- Je suis certaine que tu t’imagines que je peux exaucer tes vœux telle une vielle lampe à huile surgie du dernier étage du musée appartenant aux vestiges romains de la ville !
- Euh … Non-on.
- T’as raison. Car il en est pas question … A moins … à moins que tu me sortes de là.
Une théière pouvait-elle avoir l’air goguenard ?
Apparemment oui.
- Pardon ?

La théière revint à sa tenue longiligne.

- Ecoute moi bien face de terre pas cuite, si tu m’extirpes de cet art de la table de cauchemar, moi je te sortirai de la situation dans laquelle tu te trouves.
- Mais tout va très bien pour moi.
- Vraiment ?

Porceline hésita. Aussitôt la théière en profita :
- Versant-Versant ! Tu me retires de la vitrine et je te permets de gagner au loto, vu que tu y joues avec tes copines tous les mercredis !

Comment savait-elle qu’elle jouait avec ses copines tous les mercredis ?

- Je sais tout ! affirma l’objet d’un air docte

Cependant Porceline n’avait aucun moyen d’ouvrir la vitrine, aussi tenta-t-elle l’extrême.

- Soit. Tu m’exauces et je te rends ta liberté.
- Tu me prends vraiment pour une caf’tière ! … Je vais plutôt faire appel à quelqu’un de qualifié pour négocier : le conservateur par exemple.

Aïe ! Voilà qui compliquait le deal !

Porceline n’ayant aucun moyen de sortir la théière et ne voulant pas qu’une autre personne, (déjà bien dotée) profite de l’occasion, heurta volontairement plusieurs fois l’étagère qui trembla puis oscilla jusqu’à faire glisser la théière - au demeurant fragile - contre la vitre qui la brisa.

Contente d’elle, elle ne réalisa que plus tard qu’elle serait certainement renvoyée pour avoir provoqué tous ces dégâts.


MORALITÉ : Qui prête oreille à l’imaginaire, ne rend que plus sourde la réalité.

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