Histoires de Lundi - Page 3

  • À l'Écoute des Portes - IIème partie

    Ar-nold !

    Digne pendant de sa nature profonde,

    avait lui la manie de placer des portes secrètes dans les bibliothèques, les armoires ou les murs alors que des ouvertures normales existaient déjà juste à côté.
    Il justifiait ce besoin en relatant une aventure qui lui était arrivée pareillement dans l’enfance :

    Une nuit de cauchemar il s’était précipité dans la chambre de ses parents pour heurter le mur sans trouver de porte, cette dernière étant close pour des raisons aussi obscures que le couloir qui le retenait prisonnier. La peur l’avait paralysé dans les ténèbres et ce n’est qu’au petit jour que ses parents l’avaient trouvé assis par terre, abruti tant par l’insomnie que la frayeur.

    Depuis il ne cessait d’échafauder des mécanismes qui lui permettraient de passer par où il voudrait, surtout dans les jours de grande panique.
    Pour Carsithine, installer une porte près d’une porte était un gâchis d’espace, ce à quoi Arnold avait répliqué que tout édifice cachait un potentiel de labyrinthe.

    Cependant la situation se compliqua lorsqu'Arnold découvrit les talents de Carsithine.
    Le fait de plus que SES portes soient plus bavardes avec elle que les autres n'arrangea rien.
    Du coup ... Il le prit très mal.
    Il estimait qu’en tant qu’inventeur, il était le mieux placé pour avoir la primeur de leurs confidences.
    Mais voilà la vie se révélait contrariante, d’ailleurs n’était-ce pas sa vocation ?

    - Mais qu’est-ce qu’elles te disent ? fut la première demande d’un long interrogatoire d’Arnold
    - Des secrets de famille … leurs douleurs de gonds …

    Arnold se mit donc à jalouser cette source d’information phénoménale.

    Aussi se mit-il à parler à tort et à travers à côté des portes, surtout de travers et plus particulièrement à propos de Carsithine, laissant croire qu’elle ne cessait de dénigrer ses chères amies,
    sapant ainsi la relation privilégiée qu’elle entretenait avec les portes de toutes les maisons où elle se rendait, notamment - la sienne !

    Au début Carsithine ne se douta de rien.
    Puis le silence des maisons l’alerta.
    Elle crut même qu’elle avait perdu son don.
    A l’issue de mois de doutes, elle surprit son bien-aimé en train de franchir le seuil de la loyauté.

    Carsithine n’eut pas d’autre choix que de le mettre à la porte !

  • À l'Écoute des Portes - Ière Partie

    Carsithine était spéciale.

    Si-si.

    Elle entendait par-ler LES PORTES
    Et si elle avait osé, elle aurait même affirmer qu’elle savait les prendre …

    Dieu sait si ces ouvrages mobiles avaient des choses à raconter ! Et le diable plus au courant du fléau que cela représentait.

    A l’âge de trois ans Carsithine avait perçu difficilement les voix des humains autour d’elle mais pas pour les raisons que ses parents, dont elle percevait l’inquiétude, soupçonnaient.

    Ils discutaient entre eux ce jour (d’elle) lorsqu’un frémissement sonore l’avait atteinte.
    Elle s’était figée et une fois ses parents partis, s’était tournée vers le bruit : vers la porte qui lui avait alors répété mot pour mot ce que les adultes avaient raconté.

    « Je crois qu’il est temps de consulter un spécialiste - Mais elle est encore jeune ! - Ecoute, elle ne perçoit notre présence que si nous la touchons. Quand nous parlons dans son dos (comme par exemple en ce moment ? pensa-t-elle avec aigreur), elle ne sait pas que nous sommes là. Elle ne nous entends pas … »

    Par son doudou rose !
    Personne n’avait donc pensé qu’elle était trop occupée pour répondre à leurs stimuli vocaux ?

    Ce que le temps se chargea de leur démontrer puisque les années passant, elle se mit à parler en essayant de se montrer la plus pertinente possible dans ses réponses afin d’éviter l’impudence de futurs diagnostics.
    OUI son ouï fonctionnait.
    OUI les sons avaient un sens pour elle.

    Le soulagement de son entourage familial ne suffit pas à provoquer son bonheur.
    Parce qu’il était extrêmement difficile de continuer à faire l’étonnée lorsque l’on était déjà au courant de tout.

    « Aujourd’hui ma belle-mère va sûrement débarquer ! » - « Mon mari est assommant ! » - « Ils vivent bien au-dessus de leurs moyens » - « Son parrain est mort. Elle ne le sait pas encore … » - (hé-ben SI !).

    Autant de confidences récupérées parmi tous ces murmures qu’on pensait oubliés parce ce sous prétexte de ne pas croire aux murs avec des oreilles on ne pouvait imaginer que les portes en avaient.

    Tous les secrets qu’elle détenait à son corps défendant, remplissaient sa vie sans la combler.
    Jusqu’à ce que l’espoir de ne plus être seule, survienne.
    Jusqu’à SA rencontre avec Ar-nold !

    ...

  • On Solde les Soldes

    On est foule et chacun attend avec impatience l’ouverture de « notre magasin préféré » pour rentrer.

    Je laisserai personne me doubler ! Je laisserai personne me doubler !
    Mes pieds scandent ces mots dans ma tête m’aidant à lutter contre le froid.

    8 HEURES 30 !

    Y zouvrent.

    Eiffel, c’est lui qui a trouvé son surnom parce qu’y se dit « étroit du haut pour mieux garder l’équilibre dans le pantalon », se dirige le premier vers les pots de nutella : celui de 950 grammes à 1,41 euro au lieu de 4,50 euros - ça se refuse pas !
    Avec mon pote, on le sait depuis des jours.
    Le site internet de « notre magasin préféré » permet de consulter les prospectus, les promotions et les bons de réduction. On peut aussi « le modifier en haut du site ». J’ai pas vraiment compris ce que ça voulait  dire mais je trouve ça chouette qu’on puisse le faire.

    C’est la ruée vers la pyramide qui trône au milieu du magasin.
    Les nutella s’y entassent comme des gloutons ; on va pouvoir s’en tartiner des tonnes.
    Pas question d’en laisser aux autres !

    Un caddie - « le pousse-au-crime » - me heurte. Je le renverse en espérant bloquer ceux qui arrivent derrière. Du coup un bouchon se forme : les grandes surfaces c’est comme les autoroutes, c’est les embranchements qui bloquent la circulation.
    Eiffel lui se sert des paniers comme obstacles de parcours, faisant trébucher les plus coriaces.
    Et tant pis pour les plus faibles ! Yzont qu’à se contenter de confiture. D’ailleurs y’a 50% dessus, qu’y se plaignent pas.

    On ignore tous « café Carte Noir à 70% de remise immédiate »! Les 60% qui cartonnent au rayon viande ! Qu’est-ce qu’on en a f… que les fruits et légumes bio sont « à prix responsables », (nous on veut surtout des prix bas !)

    Y’a que le nutella qui compte, ça nourrit son homme !

    « L’orgie » comme qui dirait une employée qui veut pas qu’on sache qui elle est, peut commencer …