Histoires de Lundi - Page 4

  • Quousque Tandem

    Dans la ville éteinte, elle ondule sur le bitume comme si son seul pas le rendait liquide. Elle tend une main qui demeure floue, si proche du rêveur qu’il peut s’en emparer,  pourtant sans l’avoir saisie il laissera retomber la sienne.
    Son visage va enfin lui être révélé car la silhouette le frôle … Hélas à nouveau le feulement le surprend et c’est le félin - consacré par sa solitude - qui maintenant lui fait face.


    J’ouvre les yeux.

    La jungle en ciel de lit m’accueille.
    Quiconque verrait ce décor me prendrait pour un original surtout dans cet appartement du XVIème arrondissement de Paris, moulu dans la vieille pierre et la dorure.
    La voûte a cependant son histoire et ses motifs, si j’ose un si mauvais jeu de mots.

    Réellement, je le suis, original - seulement pas pour cette raison.

    Original, (f.originale, pl. originaux) - Adj.

    Qui émane directement de son auteur ou de sa source, qui n'est pas une copie, une reproduction, une traduction, (malheureusement …) ; qui est authentique (effectivement)

    Qui se distingue du commun, qui sort de l’ordinaire  - (la définition la plus juste !)
    Qui ne paraît s’inspirer de rien d’antérieur (ce qui reste à prouver)
    Qui est unique en son genre (ce que j’espère mes rêves pourront démentir)

    Puis-je être répertorié dans un dictionnaire ?
    A cette condition je trouverais sans doute d’autres rubriques, des exemples, n’importe quoi qui me permettrait de me trouver au moins UN semblable ou UNE - dont ce genre assurerait la reproduction de mon espèce.
    Je suis coincé entre le Chordé vertébré et l'Homo sapiens : destin qui quelque part me frustre - dont j’ignore la raison et les aboutissements.
    S’agit-il d’une condamnation ou d’une grâce ?

    Ma transformation ne se cantonne à aucun mois, ni jour, ni nuit ; à tout moment je suis apte à devenir cet animal soumis à la puissance, conditionné par la défiance. Il semblerait que la simple volonté me donne accès à cette seconde nature.
    Et bien que cela soit !
    Aujourd’hui, au détour d’une rue déserte, je trotterai à quatre pattes dans un environnement que j’aurais usuellement arpenter à deux.

    Alors que je déambule dans les impasses obscures entre des poubelles qui semblent vomir leur dû, je repère une ombre aussi déliée et souple que la mienne.
    Seigneur !
    Ma vue de mammifère placentaire plus axée sur le mouvement que les détails, sait son alter ego à proximité. Je renifle, je gronde sans forcer : est-ce l’écho de mon ronronnement ou la réponse à mon appel, que j’entends ?
    J’attends.
    Encore.
    Et encore …
    Rien ne vient.
    Je retourne à mon enveloppe humaine qui marche alors sur fond de déception le disputant au chagrin.

     

     

     

     

    À Suivre le Lundi 8 Mai

  • Ex Abrupto

    Assis dans la galerie qui surplombe la piste de danse, je vois - sans regarder vraiment - les silhouettes osciller, se déhancher, certaines se rapprochant tandis que d’autres s’éloignent des plus insistantes.
    C’est dans ce balayage semi comateux que je note soudain cette gueule ouverte sur des crocs, la prunelle si verte qu’elle me brûle.
    Je reviens sur l’instant, cette fois en détaillant chaque danseur, avide d’identifier l’anomalie :
    une fille ou un garçon ?

    Coude à coude je redoute et j’aspire à retrouver la sensation de reconnaissance : l’appel sauvage de cet(te) inconnu(e) dont le défi fait écho à la bête en  moi.

    Finalement personne ne rappelle la vision.
    Au fond il est trois heures du matin.
    J’ai peut-être rêvé éveillé ou dormi quelques secondes …
    Qui sait ?

     

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    - Je suis amoureux.
    Ben me touche le front.
    - Non, tu n’as pas de fièvre
    Il me sourit en coin puis : "Finies nos beuveries de week-end alors ?"

    Sur un soupir digne du pire mélodrame, il ajoute :
    - Qui est-ce ?
    - Je ne sais pas. Je l’ai rêvée.
    - Je me demande si pour nos orgies, c’est mieux ou PIRE ?

    Cette fois c’est Jonathan qui chantonne la sentence.

    Mes deux meilleurs amis m’étudient - presque - avec inquiétude. Cependant j’ai la conviction qu’ils ne me prennent pas au sérieux, n’avons-nous pas toujours fait ce type de déclaration sachant qu’elles dissimulaient à nos yeux une simple tocade pour des filles sans lendemain ? Oh nous ne sommes pas cruels - juste inconstants - parce que nous avons le choix et que la jeunesse nous fait croire que tout et quiconque peuvent nous appartenir, surtout pour une jeunesse faite d’aisance, de beauté et de charme …

    Mais mes deux meilleurs amis, fidèlement là pour chaque bacchanale endurée, ne se doutent pas de ma vraie nature.
    Et c’est tant mieux.
    Car ils ne sont en aucune mesure prêts à accepter ET digérer ce que je suis profondément.
    Je veux garder ces deux-là le plus longtemps possible.

    - Blonde ou brune ?, reprend Ben le plus curieux et le plus obstiné.
    - Aucune couleur à hisser, aucun indice susceptible de me conduire à Elle ; cela me grise et me tourmente …
    - Voilà qui doit te plaire … - Jonathan ricane car il croit être celui qui me cerne le mieux.
    Néanmoins …
    Sans avoir tort, il me résume un peu facilement : je n’aime pas l’ambiguïté ni la contradiction, je me flatte d’apprécier plutôt ce qui approche ou ressemble à une énigme …

    En l’occurrence je pense avoir été bien servi !

     

     

    À Suivre dès Lundi 1er Mai

  • PÂQU'EN RAYON

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